La nouvelle vient de tomber : après 9 ans de loyaux services, les médecins et internes de l’hôpital du Sacré Coeur prennent leur retraite. Pour une fois que l’on s’amusait dans un hôpital…
Octobre 2001, après plusieurs années d’études, John “J.D.” Dorian, jeune homme naïf, à l’imagination illimitée et qui se parle à lui même (ou aux téléspectateurs ?), franchit les portes du Sacré Coeur, hôpital de banlieue. Accompagné de son meilleur ami et colocataire, Christopher Turk (appelé “Ours brun” par J.D.), il y fera la connaissance d’autres internes, comme Elliot Reid, jolie jeune fille névrosée dont il tombe sous le charme, d’infirmières, telles que Carla Espinosa, et de médecins, le mentor malgré lui Perry Cox (écrasant le Docteur House par ses répliques) et le non moins cynique Bob Kelso. Il comprendra très vite les valeurs et les risques de son métier, tout en restant fidèle à lui même, et s’opposera à sa némésis, le terrifiant et délirant concierge.
Seconde série de Bill Lawrence (Spin City), qui s’était déjà entrainé sur Une Nounou d’Enfer (sic) et la première saison de Friends, Scrubs se base sur une recette bien connue : des scénarios assez simplistes (un malade, un parallèle avec la vie des protagonistes, une morale), des histoires de coeur à différents stades (Elliott/J.D., Turk/Carla, Cox/Jordan), succession de gags… Cependant elle ne ressemble à aucune autre série.
Comme toute bonne sitcom, Scrubs a du chercher un type d’humour original . Ainsi, à travers les rêves éveillés de J.D., royaume d’inventivité, tout un univers d’humour loufoque et cartoonesque s’ouvre au téléspectateur : des personnages se mettant à chanter et danser en pleine conversation, faire des cascades, changer de visage, de voix ou de costumes, ou même discuter avec des célébrités. Les autres personnages (parmi une galerie extrêmement large) ont un humour associé : le cynisme pur et dur pour Cox, Kelso et la nymphomane Jordan, la maladresse pour Ted, l’avocat incompétent, et Doug, interne capable de tuer un patient atteint d’un rhume, le machisme à outrance de Todd, les stéréotypes et les contre stéréotypes de Laverne et Carla, la série abordant même parfois l’humour noir.
Cependant, cet humour est souvent contre balancé par des situations tragiques qu’elles soient dues au milieu hospitalier (il n’est pas rare de voir un épisode centré sur un patient atteint d’une maladie incurable en phase terminale auquel le spectateur s’attache pour enfin le voir mourir) ou à la vie privée des personnages. Sur ce point, l’épisode certainement le plus remarquable et le plus émouvant est peut être Ma Faute à moi, avec la participation spéciale et très juste de Brendan Fraser, acclamé par la critique et par les fans, nominé aux Emmy Awards.
Sous l’impulsion de Lawrence et Zach Braff, interprète de J.D., Scrubs est devenu un véritable hommage à la culture pop. Ainsi la musique, très importante pour la série puisque toujours en rapport direct avec la narration, fait appel aux grands noms de la pop tels que U2, Coldplay, Village People, Queen, Keane etc, sans laisser de côté d’autres groupes moins connus du grand public comme The Shins, Polyphonic Spree, Colin Hay (devenu ami et guest star de la série), Cary Brothers (amis de Braff)… C’est d’ailleurs ce point qui a valu un retard considérable de sortie des DVDs en France, les groupes étant distribués par différentes majors.
Les personnages font aussi de nombreuses références au cinéma ou la télévision et de nombreuses guest stars ont foulé le sol de l’hôpital, à l’instar de Matthew Perry, Heather Locklear, Michael J. Fox, Colin Farrell. Pour certaines célébrités, c’est l’occasion de faire un caméo (petite apparition) comme Billy Dee “Lando Calrissian” Williams, le joueur de basket-ball Kareem Abdul-Jabbar ou encore le groupe de hip-hop Sugarhill Gang.
D’un point de vue technique, et contrairement à de nombreuses sitcoms, la série n’est pas filmée en public ou avec des rires enregistrés (à l’exception d’un seul épisode, source de nombreux gags). Cette décision a permis aux différents réalisateurs (dont Zach Braff, interprète de J.D. et futur réalisateur de Garden State) de faire de nombreuses recherches formelles (split screen, glissement d’un cadre à l’autre, plans séquences, lumières particulières jeux, sur la musique diégétique/extra diégétique et sur le son) ce qui donne un cachet particulier aux épisodes, une certaine originalité.
Série humoristique dotée d’une grande originalité, Scrubs met en scène une galerie extrêmement large de personnages dans un univers loufoque et cartoonesque, tout en étant capable de réaliser des moments magnifiquement émouvants, et rythmée par une bande originale de grande qualité.
**** – Brillant
Critique d’Obben.



Commentaires Récents