La Mouche

22 Fév

Un scientifique brillant ayant mis au point une technique de transport révolutionnaire, tombé sous le charme d’une séduisante journaliste en mal de scoop, va subir de lentes transformations physiques après avoir accidentellement fusionné avec une mouche.

The Fly, remake du film éponyme de Kurt Neumaan (réalisé en 1958), s’est imposée comme l’une des œuvres clés du maître David Cronenberg (elle sera par ailleurs adaptée sous forme d’opéra, mis en scène par le cinéaste). Une fois n’est pas coutume, l’œuvre du cinéaste canadien dépasse de loin l’original, pur film d’exploitation adapté d’une nouvelle de George Langelaan. Le film de Cronenberg ne présente au spectateur que peu de décors : le laboratoire, où se déroule la majorité du long-métrage, le siège du journal pour lequel travaille la reporter, l’appartement de cette dernière… Par cette économie de lieux, le metteur en scène centre  l’action sur ses deux personnages, l’environnement n’ayant que peu d’importance, si l’on exclue la machine révolutionnaire conçue par le scientifique.

L’intérêt principal du film est donc l’étroit rapport qui unit ces deux êtres que tout sépare (un scientifique casanier, obnubilé par son travail et un peu gauche d’un côté et une journaliste séduisante, sûre d’elle et ambitieuse de l’autre). La découverte des plaisirs de la chair permettra à Seth Brundle (le chercheur surdoué) d’apporter le chaînon manquant à ses travaux,  le caractère humain. Dès lors, l’exaltation de l’homme ne fera qu’augmenter ; plus que jamais optimiste envers son invention, l’audace et la confiance qui lui manquaient pour l’expérimentation humaine sont apportées par son amour passionnel pour Veronica (la reporter). On peut ainsi voir en elle une véritable muse scientifique, dont la liaison avec le chercheur fait parallèlement avancer les travaux de ce dernier. Car La Mouche est en premier lieu une histoire d’amour qui, en tant que tel, introduit un troisième personnage : le supérieur hiérarchique et ancien amant de la journaliste, qui la persuadera de poursuivre sa relation avec Brundle dans un but professionnel tout en devenant peu à peu jaloux du sujet du reportage. Celui-ci n’est guère plus enviable ; la fusion accidentelle avec l’insecte va provoquer une lente et inexorable dégénérescence physique. Malgré cette effroyable métamorphose, la confiance abusive du scientifique en lui-même ne mettra pas longtemps à prendre le dessus sur le désespoir ; il décide de filmer au jour le jour sa transformation, accompagné dans cette tâche par une Veronica atterée et désespérée par la perte lente et douloureuse de l’être aimé.

Si les premiers effets de la fusion sont plutôt étonnants et mélioratifs (d’impressionnantes aptitudes sportives et sexuelles), Seth Brundle, qui s’est lui-même rebaptisé Brundle/Fly, s’éloigne peu à peu de l’humanité élémentaire et devient une créature animale, régie par ses pulsions tout en conservant son amour pour la journaliste qui l’empêchera sans doute (tant que cela est encore possible) de sombrer dans un hédonisme vulgaire poussé à l’extrême. Mais la métamorphose ne pouvant être altérée indéfiniment, l’horreur finira par prendre le pas sur la passion et Brundle ira jusqu’à tenter de tuer son rival (avant que Veronica, dans un dernier élan amoureux, ne réussisse à l’en empêcher). Le stade finale de la fusion homme/insecte, bête immonde et difforme, ayant définitivement perdue tout caractère humain, implorera (lors d’une scène finale provoquant une émotion rare) la reporter de l’achever, ce qui marquera la fin tragique d’un scientifique sans doute trop brillant.

L’interprétation de Seth Brundle est sans doute la plus remarquable du film, Jeff Goldblum parvient à exprimer toutes les émotions et ressentis de son personnage. Dans un premier temps, il incarne véritablement le chercheur brillant et enthousiaste, puis l’être compulsif et innarrêtable dans son exaltation scientifique, avec le même naturel et la même sincérité. Le reste de la distribution ne se limite qu’à la journaliste et à son supérieur, les personnages étant aussi peu nombreux que les lieux. Geena Davis livre une interprétation impeccable et sans fioritures, et on pourrait reprocher à John Getz une certaine fadeur si celle-là n’influençait que négligemment sur la réussite homogène du long-métrage.

La réalisation de David Cronenberg est irréprochable, et offre logiquement ses meilleurs moments lors des séquences intra-laboratoire, durant lesquelles on admirera autant le maquillage réalisé par Chris Wallas que la mise en scène inspirée.

En résumé :

La Mouche, en plus d’être le premier succès mondial de David Cronenberg, est un film unique et malsain, véritable histoire d’amour tragique mêlée au pur film d’horreur, servie par une interprétation quasi-irréprochable, et dont le final tragique est sans doute l’une des fins les plus émouvantes jamais tournées.

***** – Chef d’œuvre

The Fly. USA, 1986. De David Cronenberg, avec Jeff Goldblum et Geena Davis. 1h35.

Critique de Patator.

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