Nos meilleures années : une fresque italienne.

22 Fév

La décennie 2000/2010 a été fertile en matière de cinéma italien. Tout a commencé en 2001 avec La chambre du fils de Nanni Moretti qui reçut la Palme d’Or à Cannes. On se souviendra également du très baroque Romanzo Criminale de Michele Placido, de l’impitoyable Gommora de Matteo Garrone, des satyriques Il Divo et Le Caïman de Sorrentino et Moretti,  le schizophrène Vincere de Bellocchio, de premiers films comme Anche libero va bene réalisé par l’acteur Kim Rossi Stuart, ou encore de documentaires chocs comme Draquila de Sabina Guzzanti. Tous ces films ont connu un certain succès à l’international, leurs titres ne vous sont pas étranger, n’est-ce pas ?

En 2003, le réalisateur Marco Tullio Giordana, qui venait de connaître une petite gloire avec Les cent pas, habitué des grands festivals, a eu une idée assez originale : réaliser un téléfilm ?! Les scénaristes Sandro Petraglia et Stefano Rulli (auteurs de plusieurs films mentionnés ci dessus) se sont mis au travail et Nos meilleures années a vu le jour.

Il est difficile de suspendre le temps, de se perdre six heures durant ailleurs que dans notre propre vie. C’est pourtant ce que nous offre Giordana avec cette oeuvre singulière.

C’est toute l’histoire italienne qui nous est contée au travers d’une famille, les Carati, et plus particulièrement de deux frères, Nicola (Luigi Lo Cascio) et Matteo (Alessio Boni) qui rencontrent à l’été 1966, Giorgia (Jasmine Trinca), une jeune femme fragile psychologiquement. Cet été va être un tournant décisif pour tous, et les choix qu’ils prendront influenceront le restant de leurs vies.

On comprend mieux une Italie malade, la divergeance d’opinion du peuple, au sein même de la famille parfois. L’energie débordante de la classe ouvrière, la terreur qu’ont engendrés les Brigades Rouge, la mafia, l’Etat. Mais qu’on se l’entende bien, il ne s’agit pas d’un film politique. Les repères historiques ne sont ici qu’un prétexte pour nous parler de choses beaucoup plus universelles, les liens familiaux, l’amitié , la perte d’un être cher, l’incommunicabilité des êtres, le pardon. Ce film est avant tout un hymne à la deuxième chance. On y découvre une Italie resplendissante, la Sicile, la Toscane, Rome, Florence, Turin, toutes ces villes sous leur plus beau jour.

La réalisation est d’une cohérente déconcertante, sans surplus ni prétention. La photographie n’est ni éxagérée ni stylisée puisque le décor à lui seul nous raconte des histoires. Les interprètes sont remarquables, que ce soit Luigi Lo Cascio ou Alessio Boni, rien est à redire et Adriana Asti dans le rôle de la mère de famille est cruellement émouvante. Mon coup de coeur revient à la belle Jasmine Trinca, qui a été découverte par Moretti pour « La chambre du fils » et que l’on retrouve également en Roberta dans « Romanzo Criminale ». Ici elle incarne Giorgia, une « aliénée mentale », traumatisée, torturée et poignante qui à elle seule représente cette Italie impuissante et dépouillée.

Avec ce téléfilm, on respecte le télespectateur, on ne le sous-estime pas. On ne lui explique pas tout comme à un écolier. Au bout de 5 heures il aurait été facile de nous bombarder de flashbacks pour nous émouvoir, pour creuser un paradoxe, un parallèle, que nenni, le souvenir nous revient seul et fort !

Au final, on se laisse embarquer totalement par cette saga, c’est 40 ans (1966-2003) qui défilent devant nous, les personnages vieillissent devant nos yeux. On les connaît, on s’y attache, ils nous manquent parfois. Le spectateur se reconnaîtra forcément dans un détail, un geste, une parole. Parce qu’au final, c’est de nous qu’il s’agit.

Un téléfilm ? C’était une évidence. Le seul format qui permet une immersion totale, un abandon physique à l’heure ou les gros exploitants de salles refusent de diffuser décemment ce genre de productions, comme cela a pu encore se voir récemment avec le Carlos d’Olivier Assayas ou Les mystères de Lisbonne de Raoul Ruiz. Nos meilleures années est la preuve vivante que quand la télévision ne tue pas le cinéma, elle peut être son issue de secours… A découvrir donc en urgence, que vous soyez seul, entre amis, mais surtout en famille !

Et pour les mauvaises langues qui amalgament forcément mélodrame et pathos, à ceux-là je leur dis de revenir en parler après l’avoir vu !

La Meglio Gioventù. Italie, 2003. De Marco Tullio Giordana, avec Luigi Lo Casco et Alessio Boni. 6h40.

Critique de Merouane.

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