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The Walking Dead : la mort aux trousses.

21 Fév

Depuis quelques années, les créatures fantastiques ont connu un regain d’intéret certain, phénomène que Jean Marigny établit comme conséquence de la crise économique. Après la mode des vampires (l’excellente True Blood, la saga pour ados Twilight et autres Vampire Diaries), il semblerait qu’on ait affaire à un retour en force des zombies. Les goules « réinventées » par George A. Romero envahissent aujourd’hui tous les supports : cinéma (Zombieland, dont on a déjà parlé ici), littérature (World War Z de Max Brooks, décrivant la guerre mondiale contre les morts vivants d’un point de vue stratégique), comics (The Walking Dead de Robert Kirkman) et enfin série télévisée.

The Walking Dead, sortie à Halloween dernier, est l’adaptation de l’oeuvre éponyme revue et corrigée par Kirkman lui même et Frank Darabont, réalisateur connu pour ses reprises des bouquins de Stephen King comme La Ligne Verte, Les Evadés ou encore The Mist.

Comme d’habitude, nous suivons un groupe de rescapés mené par Rick Grimes, un policier tout juste sorti d’un long coma, qui essaye de survivre dans un monde dévasté.

Le comics est une œuvre monumentale, non pas en terme de combats bourrins ou de giclement de cervelles (même s’ils sont magnifiquement mis en scène par le dessinateur Charlie Adlard), mais surtout pour son horreur distillée au fil des opus et la psychologie approfondie de ses personnages, bien plus intéressante que tout ce qui a été vu dans le genre (certains numéros n’ont même aucune apparition de créatures !). La question de la survie en territoire hostile ou de la peur continue côtoie ainsi avec finesse des thèmes plus larges mais aussi plus sensibles comme la relation familiale, les séquelles psychologiques, la perte ou même la réinsertion, faisant du groupe de Grimes des personnages touchants auquel le spectateur peut s’identifier.

L’héritage d’une telle œuvre devenue culte pour beaucoup (récompensé d’un Eisner Award en 2010) était donc un défi de taille à adapter pour Darabont. Mais pas impossible. Deux atouts soutenaient l’entreprise du réalisateur : d’abord Kirkman donc, qui permettait au fan de se rassurer sur la fidélité du projet, et la chaîne AMC, qui produit les meilleures séries actuelles (Breaking Bad et Mad Men), à tel point qu’elle tire lentement mais surement la couverture à l’indétrônable HBO.

Après une opération marketing d’envergure, le premier épisode d’une qualité exemplaire est donc sorti le soir d’Halloween (idée brillante), soutenu par l’approbation absolue de la presse et un succès public imparable (5,3 millions de téléspectateurs, record pour un series premiere sur la chaîne). Darabont est parvenu à mettre à l’image tout ce qui faisait le charme (et la réussite commerciale) du comics original : protagonistes intéressants (joué avec plus ou moins de talent), réalisme des situations, des décors et des maquillages, et climax génial (le tank). Plusieurs différences cependant se sont fait tout de suite ressentir. Ainsi des personnages (pas des plus intéressants, par ailleurs – on taira ici le nom pour évite toute sorte de spoilers) et des événements sont inventés spécialement pour le show, ce qui peut faire tilter le fan sans pour autant l’inquiéter. Après tout, pourquoi regarder une série qui reprendrait mot pour mot une œuvre déjà lue ? On a déjà vu des réappropriations beaucoup plus abouties que le matériau d’origine.

Après seulement six épisodes à la qualité décroissante, le bilan s’annonce déjà bien plus sévère. Les personnages ont perdu tout charisme, la réalisation s’avère fade, à l’exception de quelques moments de bravoures (le first person shoot ou encore le réveil d’une zombifiée), l’action est régulièrement ennuyeuse (ce qui marche en comics marche-t-il en série ?) et surtout les différences avec le comics sont légions. Bien sûr, le spectateur qui ne connait rien au comics ne s’y intéressera pas et ira jusqu’à montrer du doigt cet acharnement fanatique mais comment passer outre des situations inventées de toutes pièces et grotesques (les délinquants protecteurs ou le bunker) ou la suppression de scènes clés (la mort de xxx, bon sang !) ? Même en appréciant la série en elle même avec un regard neutre, en se forçant d’oublier tout ce que l’on aimait dans la bande dessinée géniale et parfaite, il faut honnêtement avouer que le nombre d’incohérences et de séquences idiotes (l’explication pitoyable du phénomène, le grand final explosif, totalement contraire à l’esprit de la BD) laisse béat.

Oui, la déception de nombreux fans et de quelques journalistes (tel que Pierre Serisier sur Le Monde des Séries) est à nuancer à la vue d’un succès publique croissant (6 millions de téléspectateurs pour le season finale) et d’un soutien plus ou moins régulier des spécialistes (nomination aux Writer’s Guild Awards et aux Golden Globes) mais la série aurait pu être tellement plus… Alors espérons que la décision de virer les scénaristes de cette première saison par le showrunner est une première étape pour un retour aux sources.

En résumé

The Walking Dead, version comics, est une oeuvre à part, plus psychologique que bourrine, hantée par des personnages intéressants, charismatiques et complexes. Il était naturel de voir le petit écran s’y intéresser de près, malheureusement, même si le public et une grande partie de la critique suivent, la qualité décroit vite dans cette version signée Frank Darabont en tombant dans la platitude et le grotesque, et peut décontenancer plus d’un fan avec sa réappropriation de l’oeuvre originale.

Version comics : ****’ – Brillant

Version TV : * – Désastreux

The Walking Dead. Comics, USA, 2003 – (en cours). De Robert Kirkman, dessinée par Charlie Adlard.

Série télévisée, Usa, 2010 – (en cours). De Frank Darabont, avec Andrew Lincoln et Jon Bernthal.

Critique d’Obben.

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