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Le Clash de l’Oiseau : E.T. de Katy Perry

26 Avr

Ne reculant devant rien pour son art, Jay Bird inaugure aujourd’hui un nouveau type de chronique : la vidéo ! Et tel un aigle s’abattant majestueusement sur sa proie, Jay Bird s’attaque avec fougue au niveau clip de Katy Perry : E.T., avec en prime, un featuring éclair de Brain !

Grâce à notre graine de Zemmour, Mulholland entre enfin dans le troisième millénaire !

Boardwalk Empire : American History

23 Avr

Ça fait maintenant quelques années qu’on le répète : la télévision s’est peu à peu élevée au rang du cinéma. Elle ne doit plus être considérée comme sa petite soeur ingrate mais comme brillante alternative au grand écran. La série télévisée est désormais synonyme de créativité, d’audace et, bien souvent, de profondeur (du fait de son format), et ce malgré la fin annoncée d’un âge d’or par de nombreux analystes. Des cinéastes de renom tels que Lynch, Spielberg, Cameron ou dernièrement Darabont y vont régulièrement y faire un tour. Même les Cahiers du Cinéma ont réservé un dossier pour ce genre dont la qualité ne cesse de grimper. C’est dire.

L’annonce de la création de Boardwalk Empire a lancé un pavé dans la marre sériephilique. Lorsque HBO la magnifique (mais décadente ?) a en effet accepté la production d’un show sur la mafia sur fond de prohibition, créé par le plus doué des scénaristes des Soprano, Terrence Winter, l’attente était déjà aux combles. Mais c’est véritablement l’arrivée de Martin Scorsese, aimé des cinéphiles et du grand public, au poste de producteur et celui de réalisateur du pilote mais aussi celle de Steve Buscemi (probablement l’un des meilleurs seconds rôles chez Tarantino, Burton et surtout les Coen) dans le rôle principal, qui a fait exploser la cervelle de bon nombre d’entre nous.  Le budget de 18 millions de dollars rien que pour le premier épisode, les décors dit « pharamineux »  et la présence de certains réalisateurs de série les plus brillants (Tim Van Patten, Allen Coulter et Alan Taylor) ont achevé les autres.

Bref, avant même sa diffusion, BE était d’ores et déjà annoncée comme étant le chef d’oeuvre de la télévision, la clef de voûte des séries.

C’est avec beaucoup d’excitation mais aussi une certaine appréhension (l’un ne va jamais sans l’autre) qu’on entre dans le monde de Nucky Thompson (Buscemi), parrain de la mafia et maire de facto d’Atlantic City, profitant de la prohibition pour inonder le marché de pseudo whisky en provenance du Canada ou distillé dans des caves. Corruption, meurtres et guerre des gangs sera son pain quotidien… comme tout film de gangsters qui se respecte.

Parfaite représentation des années 20, véritable tournant dans l’histoire américaine, la série de Winter a un énorme potentiel narratif. Le pays sort juste de la première guerre mondiale qui, bien qu’elle ne se soit pas déroulée sur son territoire, a considérablement affaiblie la population et l’état, pourri jusqu’au trognon (sénateurs républicains et démocrates trafiquent les votes, s’échangent des mots tendres tout en profitant de la prohibition pour s’enrichir), doit désormais s’occuper d’un nombre important de blessés de guerre (physiquement et psychologiquement). L’émergence d’un électorat féminin, directement issue de ligue de tempérance (instigatrice même du Volstead Act et de la prohibition), n’apparaît non pas comme une victoire de la démocratie américaine mais un nouvel objet d’influence et de trafic des statistiques. Une situation économique et sociale propice à l’expansion de la mafia locale, toujours plus ambitieuse et agressive comme le témoigne la nouvelle génération incarnée par les certains Lucky Luciano et Al Capone.

Mais le thème de la pègre, genre cinématographique par excellence, est à double tranchant. Maintes fois été adapté mais toujours porteur d’un intérêt certain, le film de gangster ouvre un piège dans lequel a tendance à sombrer BE par sa nature « best of mafia movies » quelque peu dérangeante. Au delà de la qualité d’interprétation impeccable des acteurs, on peut ainsi critiquer une ressemblance frappante entre les personnages du show et d’autres icônes. Buscemi par exemple , magnétisant en Nucky, partage un peu trop facilement de nombreux traits de caractère avec Tony Soprano, tel que l’ambiguïté morale qui lui permet d’ordonner un meurtre et de s’attendrir sur le sort d’une femme battue le quart d’heure d’après, ou encore la loyauté envers ses proches et son absence de remord à rabaisser quelqu’un en public (on pourrait même déplacer sans problèmes certaines répliques cinglantes de l’un dans la bouche de l’autre). De même, l’interprétation de Michael Pitt, lui aussi exceptionnel, fait irrémédiablement penser aux rôles de Leonardo DiCaprio (parfois même physiquement) sous la tutelle de Scorsese (Gangs of New York et The Departed, entres autres) ou même d’autres de ses oeuvres (on pense parfois à Taxi Driver pour le traumatisme d’après guerre). Personnages signatures ou manque de créativité ? Chacun le jugera.

La filiation envers le cinéma se ressent aussi dans la mise en scène de certaines séquences : The Godfather, Eastern Promisses, The Untouchables, Public Enemies… Plus que de simples références ou un jeu cinéphilique, on a véritablement l’impression que la série a du mal à trouver son identité propre, l’esprit singulier qui la démarquera du lot. La confrontation de plusieurs influences et inspirations semble avoir ici des difficultés à créer quelque chose de nouveau. Une déception de taille.

Une série qui se déroule dans un cadre aussi inconnu se doit d’avoir un espace scénique extrêmement travaillé et riche en détails, et Boardwalk Empire ne déroge pas à la règle. Mais alors que des séries ayant un rapport très fort avec leur environnement (telles que Rome ou Battlestar Galactica) semblaient crédibles car habitées par leurs personnages bien avant l’arrivée du spectateur, l’improbable propreté de BE donne l’impression que les protagonistes viennent tout juste d’arriver d’on ne sait où. Le fameux « boardwalk » (promenade au bord de la plage) n’est pas animé comme pouvait l’être les ruelles romaines ou le vaisseau tombant en lambeaux ; il n’y a pas un papier par terre, pas un accroc, rien. La débauche de décors, grande fierté de la série (voir les différents making off sur internet), tous plus époustouflants les uns que les autres en terme de travail mais aussi de budget, semble les rendre paradoxalement étanches à toute vie. Surtout ne pas salir, montrer que c’est beau et bien fait. Mais ce qui peut sembler n’être qu’un détail s’avère finalement être une barrière à l’immersion complète dans le récit. Comment croire aux personnages et à cette ville si tout parait sortir flambant neuf tout droit d’une usine et beaucoup trop froid ? Certes on peut se demander si la série ne cherche pas de cette manière à nous montrer l’âge d’or de la ville ou nous montrer le décalage entre la richesse de la haute société et des personnages de classes inférieures telles que Darmody ou Margaret, mais en définitive, on y croit que difficilement.

Mais cessons de bouder notre plaisir. Boardwalk Empire est de qualité et a réellement tout d’une grande série, statut auquel elle est de toutes façons destinée. Cette première saison est d’une maîtrise absolue et l’épisode dirigé par Scorsese ferait pâlir plusieurs de ses films. Reste à voir si, comme la plupart des grandes séries, il lui suffit de quelques épisodes supplémentaires pour s’affirmer et s’imposer.

En résumé

Boardwalk Empire est un étrange mélange entre déception et qualité. Si on ne peut que reconnaître la maîtrise de sa mise en scène, de son interprétation et de son scénario, on peut cependant regretter un certain manque d’identité formelle ainsi que dans l’écriture des personnages, comme le nombre beaucoup trop important de récurrences du genre, mais aussi une absence de « vie », de vécu (préjudiciable pour une série un tant soit peu historique) qui semble inhérent à l’exubérance des décors.

***’ – Bon

Boardwalk Empire. USA, 2010 – (en cours). De Terence Winter, avec Steve Buscemi et Michael Pitt.

Critique d‘Obben.

Les Petits Mouchoirs

13 Avr

[SPOILERS] L’auteur de cet article n’a pas hésité à dévoiler la fin du film critiqué (tout ça pour vous gâcher la vie). Si vous ne voulez rien connaitre, passez votre chemin !

Les Petits Mouchoirs seraient-ils déjà trop grands pour contenir l’intérêt de ce film ?

Après Ne le dis à personne, nous étions en droit d’attendre mieux de Canet qu’un tsunami de niaiseries… Une histoire en somme tragiquement banale: Ludo (Jean Dujardin), après une soirée bien arrosée est gravement blessé lors d’un accident de voiture, au grand dame de ses amis : Max (Francois Cluzet), Vincent (Benoit Magimel), Marie (Mario, Cotillard), Eric (Gilles Lelouche), Antoine (Laurent Lafitte), Véronique, la femme de Max (Valérie Bonneton), Isabelle, la femme de Vincent (Pascale Arbillot), Jean-Louis (Joël Dupuch) ; et Léa, la compagne d’Eric (Louise Monot).

Après un temps d’hésitation (pour le moins assez court), ces jeunes gens décident tout de même de partir en vacances, mais aussi d’écourter leur séjour durant lequel, les personnalités différentes génèrent des conflits, nourris également par la tristesse provoquée par l’accident de Ludo.

Le film est ponctué d’histoires de coeur (Antoine, obsédé par Juliette, Vincent tentant de se rapprocher de son meilleur ami, Max, Marie et ses nombreux amants, etc.). Autant dire que très vite, le choc généré par l’accident laisse vite place à la lassitude qu’entraînent niaiseries et autres réactions clichées (Max le soupe au lait entrant en furie souvent pour rien par exemple, Antoine se noyant dans son chagrin d’amour tant il est épris de sa Juliette qui l’aura quitté, sûrement parce qu’il est un peu lourd…). Bref un vrai groupe d’adolescents. Malheureusement, aucun tueur à hache ou couteau ne vint les achever. Nous étions en droit d’attendre de Canet qu’il fisse évoluer ses personnages tout au long du film, que ceux-ci reviennent sur leurs positions respectives, ou encore que l’on entre davantage dans la psychologie de chacun. Au final, après deux longues heures, nous en sommes au même point qu’au début, sauf que Ludo est mort. L’annonce de cette mort est cruelle. Bien qu’ Eric et Antoine soient allés lui rendre visite à l’hôpital lors d’un séjour à Paris (afin de, je vous le donne en mille, réparer leurs histoires de coeur), c’est jean-Louis, ostréiculteur, voix de la sagesse, qui prit le plus soin de Ludo, alors qu’il en était le moins proche (Marie fut longtemps amoureuse de lui par exemple). Finalement, avec toutes ces histoires, nous l’aurions presque oublié, le Ludo, défiguré.
Le groupe d’amis se ressoude définitivement à l’enterrement, Max et Vincent se prenant dans leurs bras, Juliette et Antoine plus réunis que jamais… tout est bien qui finit bien ?

Pas réellement. Leur ami est mort, bel et bien mort, mais surtout bel et bien seul. A quel prix ? Au prix d’un matérialisme et d’un besoin de confort non nécessaire… C’est d’ailleurs le message que nous fait passer Jean-Louis qui est, visiblement le porte-parole de Canet. Chacun des personnages est odieux, et leur tristesse n’est même pas compréhensible… Aucun d’eux ne pleure vraiment pour la première fois lors de l’enterrement… Canet voulait-il nous inculquer le vrai sens de la vie, qui serait ici, le partage, l’amitié, l’altérité ?Malheureusement, la morale ne passe pas tant le côté pathétique des rapports qu’entretiennent chacun, les uns avec les autres, domine… L’idée est pourtant bonne, dommage qu’elle soit ennuyeuse…

Les Petits Mouchoirs. France, 2010. De Guillaume Canet, avec François Cluzet et Marion Cotillard. 2h34.

Critique de Quincy.

Almost Everything I Wish I’d Said the Last Time I Saw You

11 Avr

Autant vous le dire tout de suite, écrire à propos de Wakey!Wakey! et l’album Almost Everything I Wish I’d Said The Last Time I Saw You n’est pas chose aisée. Un peu à la manières des éclipses solaires, une découverte musical de ce genre ne se fait pas tous les jours et doit se compter sur les doigts d’une seule main dans une vie. C’est pour des moments comme ceux là que nous aimons aussi la musique, non ? Je me dois, alors, de peser chaque phrase, chaque mot.

« Home is where your heart is… »

Wakey!Wakey! est né à Brooklyn, de ses cafés et théâtres musicaux et des influences qui vont avec. Mais surtout Wakey!Wakey! est né du talent de Michael Grubbs, lui même originaire de Brooklyn et qui a profité de la scéne prolifique du comté de New York pour étayer son identité musical.

L’attachement du grand dadet barbu à son quartier se ressent dans les titres comme Brooklyn et 1876 – The Brooklyn Theater Fire*. Il fait partie intégrante de lui et de sa musique. Home is where your heart is…

« See, it feels bad now but it’s gonna get better. »

L’Amour est un sujet que bien des groupes (tous ?) ont abordé. Mais Grubbs ne l’aborde pas, il nous le fait vivre et pour beaucoup, revivre. Chaque chanson est vraie, vécue et vivante, n’importe quel individu ayant, un jour, laisser son coeur prendre le dessus, s’en rendra facilement compte. Toute personne ayant eu le coeur brisé trouvera du réconfort dans les paroles et les chansons de Wakey!Wakey! Car la musique joue ici, le rôle que je lui préfère. Celui de réparer et de redonner de l’espoir aux coeurs brisés que nous sommes, ou avons tous été.

Je n’ai pas peur de le dire, Grubbs est un génie, un génie de l’émotion. Sa musique est simplement ce que j’ai écouté de plus proche des sentiments qu’une relation amoureuse peut générer en nous.

Que dire de sa voix… Frappante, une des plus puissantes que j’ai pu entendre, il n’y qu’à l’écouter juste lui accompagné de son piano pour se rendre compte de ce qu’il dégage.

Almost Everything I Wish I’d Said The Last Time I Saw You est magistral et épique de la première à la dernière minute, dans chaque note, chaque lyrics, dans chaque respiration profonde qui accompagneront votre écoute.

*Référence à l’incendie ayant ravagé le Brooklyn Theater un soir de décembre 1976.

Almost Everything I Wish I’d Said the Last Time I Saw You. USA, 2010. De Wakey!Wakey!.

Critique de Jay Bird.

Man on the Moon : End of Day

1 Avr

Kid Cudi, beaucoup pourrait l’assimiler à Day’n Nite, single d’une mixed tape, archi diffusé sur nos ondes et qui pourrait cacher l’immense talent du bonhomme. Car pour moi aussi l’amalgame était vite fait.  » Encore de la musique à passer en boite, simplement pour que les gens dansent sur un rythme bien arrangé. « 

J’étais loin de me douter de l’artiste qu’était Kid Cudi. Déja quand on est pote avec Jay-Z et Kanye West, qu’on apparait en featuring sur les derniers albums de ces deux superstars du Hip-Hop américain, on a surement quelque chose d’intéressant à dégager.

J’ai donc découvert Man on the Moon : End of Day en levant mes aprioris. Etre ouvert est le travail de tout critique, non ? L’album est bourré de featuring, et pas n’importe lesquels, Cudi touche à tout, Rap, Electro, Rock, ainsi Kanye West, MGMT, Ratatat, Chip tha Ripper, pour ne citer qu’eux, viennent se joindre à la bataille. Bataille d’une vie qui n’a pas toujours été rose pour l’enfant de Cleveland. Soundtrack 2 My Life raconte cette histoire avec cette sincérité qui vous retourne les tripes, et rien qu’avec cette track, Cudi passe dans cette catégorie d’artistes qui ne gaspille pas les mesures, et méritent d’être écoutés.
Pursuit of Happiness suit cette voie et nous offre un conte sur la recherche du bonheur. Le type de chanson qui marquera certainement un moment de votre vie, comme elle l’a déja fait pour moi. Un tube en perspective.
L’album se clot sur Up, Up, And Away, entrainante, avec de nombreux arrangements rock qui ne sont pas pour me déplaire. Oui la musique est universelle, et les genres se mélangent ici à merveille.

Man on the Moon, The End of Day, est un album qui fait du bien en cette période, même pour moi, novice en matière de Hip-Hop. Aucune des 15 chansons n’est à jeter, elles forment ce tout homogène qui fait de cet album un des meilleurs que j’ai pu écouter cette année. Alors prenez le temps, adorateurs de Hip-Hop ou non, Jay Bird se porte garant de cette artiste dont il est littéralement tombé en amour.

Man on the Moon: The End of Day. Etats Unis, 2009. De Kid Cudi, produit par Kanye West. 58m 31.

Critique de Jay Bird.

Screaming Bloody Murder

30 Mar

Je me souviens encore de la première fois ou j’ai entendu Hell Song. Je découvrais les  joies du téléchargement illégal, de Kazaa d’une intro et d’un solo qui résonnent encore régulièrement dans mes oreilles. L’ado que j’étais commençait à peine à s’intéresser à autre chose que ce que Skyrock lui proposait. Sum 41 est le groupe que j’écoute depuis le plus longtemps, en découle alors l’importance que je donne à chaque sortie d’album des Canadiens.

Screaming Bloody Murder, est leur sixième album et sans doute un des plus attendus, certains fans attendant la rédemption après un décevant et redondant Underclass Hero à leurs gout. Coupons tout de suite cours au suspens, la plupart d’entre vous ont de toute façon pu d’ores et déjà écouter ce nouvel opus qui, à mon sens, constitue belle et bien un renouveau et non une rédemption. Car rédemption il n’y avait pas lieu d’être. Underclass Hero mena à Screaming Bloody Murder. Pourquoi ? Car qu’on le veuille ou non, la façon d’écrire du groupe à changé depuis cet album, le départ de Dave Baksh et le mariage d’Avril Lavigne et Deryck Whibley, leader du groupe,  étant passés par là. Le prédécesseur de Screaming Bloody Murder nous a donc ouvert les portes d’une écriture plus intime de la part du leader du groupe aux 11 ans de carrière. Seulement voilà, l’homme à changé, sa vie personnelle également et aux sonorités pop-entraînantes d’un mariage remplissant l’artiste de bonheur laisse maintenant place à un album, plus mature que pouvait l’être Chuck, à la sonorité et aux lyrics très noires exprimant la rage et la tristesse qu’ont sans doute pu causer son divorce.

Pour les rares s’intéressant encore un tant soit peu à l’ex compagne de Deryck, il est intéressant de faire un rapprochement entre les deux dernières productions de nos ex-mariés et de leurs formations. Leur relation ayant directement influé sur celles ci. Prenons donc Underclass Hero et The Best Damn Thing, deux album aux sons tels qu’on aime les entendre l’été, aux mélodies catchy, profondément punk rock dans leurs arrangements. L’amour est ses bienfaits…

 » If This Is Goodbye, Forever’s Just A Lie. « 

Un divorce plus tard et chacun nous sortent, une nouvelle fois, un album quasiment en même temps, Goodbye Lullaby dernier disque d’Avril Lavigne, est un recueil de chansons d’amour malheureux dont What The Hell est très peu représentatif. La tendance est a la plainte, sans vraiment de profondeur dans les textes, mais ce qui nous intéresse ici c’est sans doute le changement de tonalité soudain, que l’on retrouve également dans Screaming Bloody Murder. Cependant malgré la noirceur qui se dégage de l’album, il émane des paroles, non de la plainte, mais plutôt de la rage, de la résignation et sans doute beaucoup d’acceptation. Dans mon interprétation, sans doute à la va vite, je vois une certaine maturité dans la façon de Derrick d’accepter les choses, là ou je ne vois que de la simple complainte dans l’album de la belle canadienne. La tristesse peut être tellement bénéfique à la musique quand elle est bien utilisée. Lavigne reste la muse de Whibley. Et grâce à tout cela Screaming Bloody Murder contient une âme, chose que je n’avais auparavant jamais trouvé dans un album de Sum 41.

 » What A Way To Become a Man « 

Le disque est puissant dés les premières notes, Reason To Believe pose directement les bases du CD, alternant riffs imposant, mélodies au piano avec une homogénéité déconcertante. On constatera rapidement les progrès fait par Whibley au niveau vocal, alternant  tout ce qu’il avait pu faire jusque ici. Scumfuck et Screaming Bloody Murder sont sans doutes des singles en puissance mais l’album ne vend pas son âme au travers de ces deux titres et ils suivent parfaitement la tonalité qui donne tant de substance à ce disque. Vous vivrez sans doute un moment intense la première fois que vous écouterez A Dark Road Out Of Hell, combinaison des 3 chansons Holy Image Of Lies, Sick Of Everyone, Happiness Machine formant cette pièce épique de 12 minutes à travers laquelle j’ai pu ressentir l’aboutissement artistique de la bande de l’Ontario. Crash vous touchera ensuite directement au coeur, balade poignante ou la voix de Derrick aura rarement atteint ce niveau de justesse.L’album vous surprendra également avec les très rock’n roll Baby You Don’t Wanna Know et Time For You To Go. Qui aurait cru Sum 41 capable de nous sortir des titre de ce genre il y a quelques années ? Pas même moi.

Les chansons ne se ressemblent pas et chacune va chercher ses influences. Ne vous étonnez pas si vous retrouvez certains phrasés de Muse, Queen ou même d’Oasis. Après s’être copieusement plagié pour Underclass Hero. Derrick décide de s’inspirer de ce qu’il y’a de mieux et ça ne sera pas pour nous déplaire. Et malgré de nombreuses variations l’album reste très propre, ne versant pas dans le surplus ou le confus, l’outil magique qu’est le studio a été utilisé a merveille,  encore une signe de la maturité artistique qu’a atteint le groupe.

Les Kids écoutant Sum 41 parce que c’est cool et rebelle ne placeront pas Screaming Bloody Murder comme leur album de Sum 41 préféré mais plutôt Does This Look Infected ? ou All Killer No Filler, souvenirs d’une époque révolue. Quant aux puristes, adeptes du style Heavy du groupe, ils ne placeront pas non plus Screaming Bloody Murder en 1er mais plutôt Chuck. Mais pour ceux comme moi, qui ont grandi avec Derrick, Cone, Stevo et Dave, pour ceux comme moi qui ont du mal à devenir les hommes que le monde voudrait qu’ils soit, et qui ont besoin chaque jour d’une chose en laquelle croire pour se lever, pour ceux là Screaming Bloody Murder est de loin le meilleur album de Sum 41.

Screaming Bloody Murder. Canada, 2011. De Sum 41, produit par Deryck Whibley. 48m 38.

Critique de Jay Bird.

Nos meilleures années : une fresque italienne.

22 Fév

La décennie 2000/2010 a été fertile en matière de cinéma italien. Tout a commencé en 2001 avec La chambre du fils de Nanni Moretti qui reçut la Palme d’Or à Cannes. On se souviendra également du très baroque Romanzo Criminale de Michele Placido, de l’impitoyable Gommora de Matteo Garrone, des satyriques Il Divo et Le Caïman de Sorrentino et Moretti,  le schizophrène Vincere de Bellocchio, de premiers films comme Anche libero va bene réalisé par l’acteur Kim Rossi Stuart, ou encore de documentaires chocs comme Draquila de Sabina Guzzanti. Tous ces films ont connu un certain succès à l’international, leurs titres ne vous sont pas étranger, n’est-ce pas ?

En 2003, le réalisateur Marco Tullio Giordana, qui venait de connaître une petite gloire avec Les cent pas, habitué des grands festivals, a eu une idée assez originale : réaliser un téléfilm ?! Les scénaristes Sandro Petraglia et Stefano Rulli (auteurs de plusieurs films mentionnés ci dessus) se sont mis au travail et Nos meilleures années a vu le jour.

Il est difficile de suspendre le temps, de se perdre six heures durant ailleurs que dans notre propre vie. C’est pourtant ce que nous offre Giordana avec cette oeuvre singulière.

C’est toute l’histoire italienne qui nous est contée au travers d’une famille, les Carati, et plus particulièrement de deux frères, Nicola (Luigi Lo Cascio) et Matteo (Alessio Boni) qui rencontrent à l’été 1966, Giorgia (Jasmine Trinca), une jeune femme fragile psychologiquement. Cet été va être un tournant décisif pour tous, et les choix qu’ils prendront influenceront le restant de leurs vies.

On comprend mieux une Italie malade, la divergeance d’opinion du peuple, au sein même de la famille parfois. L’energie débordante de la classe ouvrière, la terreur qu’ont engendrés les Brigades Rouge, la mafia, l’Etat. Mais qu’on se l’entende bien, il ne s’agit pas d’un film politique. Les repères historiques ne sont ici qu’un prétexte pour nous parler de choses beaucoup plus universelles, les liens familiaux, l’amitié , la perte d’un être cher, l’incommunicabilité des êtres, le pardon. Ce film est avant tout un hymne à la deuxième chance. On y découvre une Italie resplendissante, la Sicile, la Toscane, Rome, Florence, Turin, toutes ces villes sous leur plus beau jour.

La réalisation est d’une cohérente déconcertante, sans surplus ni prétention. La photographie n’est ni éxagérée ni stylisée puisque le décor à lui seul nous raconte des histoires. Les interprètes sont remarquables, que ce soit Luigi Lo Cascio ou Alessio Boni, rien est à redire et Adriana Asti dans le rôle de la mère de famille est cruellement émouvante. Mon coup de coeur revient à la belle Jasmine Trinca, qui a été découverte par Moretti pour « La chambre du fils » et que l’on retrouve également en Roberta dans « Romanzo Criminale ». Ici elle incarne Giorgia, une « aliénée mentale », traumatisée, torturée et poignante qui à elle seule représente cette Italie impuissante et dépouillée.

Avec ce téléfilm, on respecte le télespectateur, on ne le sous-estime pas. On ne lui explique pas tout comme à un écolier. Au bout de 5 heures il aurait été facile de nous bombarder de flashbacks pour nous émouvoir, pour creuser un paradoxe, un parallèle, que nenni, le souvenir nous revient seul et fort !

Au final, on se laisse embarquer totalement par cette saga, c’est 40 ans (1966-2003) qui défilent devant nous, les personnages vieillissent devant nos yeux. On les connaît, on s’y attache, ils nous manquent parfois. Le spectateur se reconnaîtra forcément dans un détail, un geste, une parole. Parce qu’au final, c’est de nous qu’il s’agit.

Un téléfilm ? C’était une évidence. Le seul format qui permet une immersion totale, un abandon physique à l’heure ou les gros exploitants de salles refusent de diffuser décemment ce genre de productions, comme cela a pu encore se voir récemment avec le Carlos d’Olivier Assayas ou Les mystères de Lisbonne de Raoul Ruiz. Nos meilleures années est la preuve vivante que quand la télévision ne tue pas le cinéma, elle peut être son issue de secours… A découvrir donc en urgence, que vous soyez seul, entre amis, mais surtout en famille !

Et pour les mauvaises langues qui amalgament forcément mélodrame et pathos, à ceux-là je leur dis de revenir en parler après l’avoir vu !

La Meglio Gioventù. Italie, 2003. De Marco Tullio Giordana, avec Luigi Lo Casco et Alessio Boni. 6h40.

Critique de Merouane.

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