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Boardwalk Empire : American History

23 Avr

Ça fait maintenant quelques années qu’on le répète : la télévision s’est peu à peu élevée au rang du cinéma. Elle ne doit plus être considérée comme sa petite soeur ingrate mais comme brillante alternative au grand écran. La série télévisée est désormais synonyme de créativité, d’audace et, bien souvent, de profondeur (du fait de son format), et ce malgré la fin annoncée d’un âge d’or par de nombreux analystes. Des cinéastes de renom tels que Lynch, Spielberg, Cameron ou dernièrement Darabont y vont régulièrement y faire un tour. Même les Cahiers du Cinéma ont réservé un dossier pour ce genre dont la qualité ne cesse de grimper. C’est dire.

L’annonce de la création de Boardwalk Empire a lancé un pavé dans la marre sériephilique. Lorsque HBO la magnifique (mais décadente ?) a en effet accepté la production d’un show sur la mafia sur fond de prohibition, créé par le plus doué des scénaristes des Soprano, Terrence Winter, l’attente était déjà aux combles. Mais c’est véritablement l’arrivée de Martin Scorsese, aimé des cinéphiles et du grand public, au poste de producteur et celui de réalisateur du pilote mais aussi celle de Steve Buscemi (probablement l’un des meilleurs seconds rôles chez Tarantino, Burton et surtout les Coen) dans le rôle principal, qui a fait exploser la cervelle de bon nombre d’entre nous.  Le budget de 18 millions de dollars rien que pour le premier épisode, les décors dit « pharamineux »  et la présence de certains réalisateurs de série les plus brillants (Tim Van Patten, Allen Coulter et Alan Taylor) ont achevé les autres.

Bref, avant même sa diffusion, BE était d’ores et déjà annoncée comme étant le chef d’oeuvre de la télévision, la clef de voûte des séries.

C’est avec beaucoup d’excitation mais aussi une certaine appréhension (l’un ne va jamais sans l’autre) qu’on entre dans le monde de Nucky Thompson (Buscemi), parrain de la mafia et maire de facto d’Atlantic City, profitant de la prohibition pour inonder le marché de pseudo whisky en provenance du Canada ou distillé dans des caves. Corruption, meurtres et guerre des gangs sera son pain quotidien… comme tout film de gangsters qui se respecte.

Parfaite représentation des années 20, véritable tournant dans l’histoire américaine, la série de Winter a un énorme potentiel narratif. Le pays sort juste de la première guerre mondiale qui, bien qu’elle ne se soit pas déroulée sur son territoire, a considérablement affaiblie la population et l’état, pourri jusqu’au trognon (sénateurs républicains et démocrates trafiquent les votes, s’échangent des mots tendres tout en profitant de la prohibition pour s’enrichir), doit désormais s’occuper d’un nombre important de blessés de guerre (physiquement et psychologiquement). L’émergence d’un électorat féminin, directement issue de ligue de tempérance (instigatrice même du Volstead Act et de la prohibition), n’apparaît non pas comme une victoire de la démocratie américaine mais un nouvel objet d’influence et de trafic des statistiques. Une situation économique et sociale propice à l’expansion de la mafia locale, toujours plus ambitieuse et agressive comme le témoigne la nouvelle génération incarnée par les certains Lucky Luciano et Al Capone.

Mais le thème de la pègre, genre cinématographique par excellence, est à double tranchant. Maintes fois été adapté mais toujours porteur d’un intérêt certain, le film de gangster ouvre un piège dans lequel a tendance à sombrer BE par sa nature « best of mafia movies » quelque peu dérangeante. Au delà de la qualité d’interprétation impeccable des acteurs, on peut ainsi critiquer une ressemblance frappante entre les personnages du show et d’autres icônes. Buscemi par exemple , magnétisant en Nucky, partage un peu trop facilement de nombreux traits de caractère avec Tony Soprano, tel que l’ambiguïté morale qui lui permet d’ordonner un meurtre et de s’attendrir sur le sort d’une femme battue le quart d’heure d’après, ou encore la loyauté envers ses proches et son absence de remord à rabaisser quelqu’un en public (on pourrait même déplacer sans problèmes certaines répliques cinglantes de l’un dans la bouche de l’autre). De même, l’interprétation de Michael Pitt, lui aussi exceptionnel, fait irrémédiablement penser aux rôles de Leonardo DiCaprio (parfois même physiquement) sous la tutelle de Scorsese (Gangs of New York et The Departed, entres autres) ou même d’autres de ses oeuvres (on pense parfois à Taxi Driver pour le traumatisme d’après guerre). Personnages signatures ou manque de créativité ? Chacun le jugera.

La filiation envers le cinéma se ressent aussi dans la mise en scène de certaines séquences : The Godfather, Eastern Promisses, The Untouchables, Public Enemies… Plus que de simples références ou un jeu cinéphilique, on a véritablement l’impression que la série a du mal à trouver son identité propre, l’esprit singulier qui la démarquera du lot. La confrontation de plusieurs influences et inspirations semble avoir ici des difficultés à créer quelque chose de nouveau. Une déception de taille.

Une série qui se déroule dans un cadre aussi inconnu se doit d’avoir un espace scénique extrêmement travaillé et riche en détails, et Boardwalk Empire ne déroge pas à la règle. Mais alors que des séries ayant un rapport très fort avec leur environnement (telles que Rome ou Battlestar Galactica) semblaient crédibles car habitées par leurs personnages bien avant l’arrivée du spectateur, l’improbable propreté de BE donne l’impression que les protagonistes viennent tout juste d’arriver d’on ne sait où. Le fameux « boardwalk » (promenade au bord de la plage) n’est pas animé comme pouvait l’être les ruelles romaines ou le vaisseau tombant en lambeaux ; il n’y a pas un papier par terre, pas un accroc, rien. La débauche de décors, grande fierté de la série (voir les différents making off sur internet), tous plus époustouflants les uns que les autres en terme de travail mais aussi de budget, semble les rendre paradoxalement étanches à toute vie. Surtout ne pas salir, montrer que c’est beau et bien fait. Mais ce qui peut sembler n’être qu’un détail s’avère finalement être une barrière à l’immersion complète dans le récit. Comment croire aux personnages et à cette ville si tout parait sortir flambant neuf tout droit d’une usine et beaucoup trop froid ? Certes on peut se demander si la série ne cherche pas de cette manière à nous montrer l’âge d’or de la ville ou nous montrer le décalage entre la richesse de la haute société et des personnages de classes inférieures telles que Darmody ou Margaret, mais en définitive, on y croit que difficilement.

Mais cessons de bouder notre plaisir. Boardwalk Empire est de qualité et a réellement tout d’une grande série, statut auquel elle est de toutes façons destinée. Cette première saison est d’une maîtrise absolue et l’épisode dirigé par Scorsese ferait pâlir plusieurs de ses films. Reste à voir si, comme la plupart des grandes séries, il lui suffit de quelques épisodes supplémentaires pour s’affirmer et s’imposer.

En résumé

Boardwalk Empire est un étrange mélange entre déception et qualité. Si on ne peut que reconnaître la maîtrise de sa mise en scène, de son interprétation et de son scénario, on peut cependant regretter un certain manque d’identité formelle ainsi que dans l’écriture des personnages, comme le nombre beaucoup trop important de récurrences du genre, mais aussi une absence de « vie », de vécu (préjudiciable pour une série un tant soit peu historique) qui semble inhérent à l’exubérance des décors.

***’ – Bon

Boardwalk Empire. USA, 2010 – (en cours). De Terence Winter, avec Steve Buscemi et Michael Pitt.

Critique d‘Obben.

Nos meilleures années : une fresque italienne.

22 Fév

La décennie 2000/2010 a été fertile en matière de cinéma italien. Tout a commencé en 2001 avec La chambre du fils de Nanni Moretti qui reçut la Palme d’Or à Cannes. On se souviendra également du très baroque Romanzo Criminale de Michele Placido, de l’impitoyable Gommora de Matteo Garrone, des satyriques Il Divo et Le Caïman de Sorrentino et Moretti,  le schizophrène Vincere de Bellocchio, de premiers films comme Anche libero va bene réalisé par l’acteur Kim Rossi Stuart, ou encore de documentaires chocs comme Draquila de Sabina Guzzanti. Tous ces films ont connu un certain succès à l’international, leurs titres ne vous sont pas étranger, n’est-ce pas ?

En 2003, le réalisateur Marco Tullio Giordana, qui venait de connaître une petite gloire avec Les cent pas, habitué des grands festivals, a eu une idée assez originale : réaliser un téléfilm ?! Les scénaristes Sandro Petraglia et Stefano Rulli (auteurs de plusieurs films mentionnés ci dessus) se sont mis au travail et Nos meilleures années a vu le jour.

Il est difficile de suspendre le temps, de se perdre six heures durant ailleurs que dans notre propre vie. C’est pourtant ce que nous offre Giordana avec cette oeuvre singulière.

C’est toute l’histoire italienne qui nous est contée au travers d’une famille, les Carati, et plus particulièrement de deux frères, Nicola (Luigi Lo Cascio) et Matteo (Alessio Boni) qui rencontrent à l’été 1966, Giorgia (Jasmine Trinca), une jeune femme fragile psychologiquement. Cet été va être un tournant décisif pour tous, et les choix qu’ils prendront influenceront le restant de leurs vies.

On comprend mieux une Italie malade, la divergeance d’opinion du peuple, au sein même de la famille parfois. L’energie débordante de la classe ouvrière, la terreur qu’ont engendrés les Brigades Rouge, la mafia, l’Etat. Mais qu’on se l’entende bien, il ne s’agit pas d’un film politique. Les repères historiques ne sont ici qu’un prétexte pour nous parler de choses beaucoup plus universelles, les liens familiaux, l’amitié , la perte d’un être cher, l’incommunicabilité des êtres, le pardon. Ce film est avant tout un hymne à la deuxième chance. On y découvre une Italie resplendissante, la Sicile, la Toscane, Rome, Florence, Turin, toutes ces villes sous leur plus beau jour.

La réalisation est d’une cohérente déconcertante, sans surplus ni prétention. La photographie n’est ni éxagérée ni stylisée puisque le décor à lui seul nous raconte des histoires. Les interprètes sont remarquables, que ce soit Luigi Lo Cascio ou Alessio Boni, rien est à redire et Adriana Asti dans le rôle de la mère de famille est cruellement émouvante. Mon coup de coeur revient à la belle Jasmine Trinca, qui a été découverte par Moretti pour « La chambre du fils » et que l’on retrouve également en Roberta dans « Romanzo Criminale ». Ici elle incarne Giorgia, une « aliénée mentale », traumatisée, torturée et poignante qui à elle seule représente cette Italie impuissante et dépouillée.

Avec ce téléfilm, on respecte le télespectateur, on ne le sous-estime pas. On ne lui explique pas tout comme à un écolier. Au bout de 5 heures il aurait été facile de nous bombarder de flashbacks pour nous émouvoir, pour creuser un paradoxe, un parallèle, que nenni, le souvenir nous revient seul et fort !

Au final, on se laisse embarquer totalement par cette saga, c’est 40 ans (1966-2003) qui défilent devant nous, les personnages vieillissent devant nos yeux. On les connaît, on s’y attache, ils nous manquent parfois. Le spectateur se reconnaîtra forcément dans un détail, un geste, une parole. Parce qu’au final, c’est de nous qu’il s’agit.

Un téléfilm ? C’était une évidence. Le seul format qui permet une immersion totale, un abandon physique à l’heure ou les gros exploitants de salles refusent de diffuser décemment ce genre de productions, comme cela a pu encore se voir récemment avec le Carlos d’Olivier Assayas ou Les mystères de Lisbonne de Raoul Ruiz. Nos meilleures années est la preuve vivante que quand la télévision ne tue pas le cinéma, elle peut être son issue de secours… A découvrir donc en urgence, que vous soyez seul, entre amis, mais surtout en famille !

Et pour les mauvaises langues qui amalgament forcément mélodrame et pathos, à ceux-là je leur dis de revenir en parler après l’avoir vu !

La Meglio Gioventù. Italie, 2003. De Marco Tullio Giordana, avec Luigi Lo Casco et Alessio Boni. 6h40.

Critique de Merouane.

The Walking Dead : la mort aux trousses.

21 Fév

Depuis quelques années, les créatures fantastiques ont connu un regain d’intéret certain, phénomène que Jean Marigny établit comme conséquence de la crise économique. Après la mode des vampires (l’excellente True Blood, la saga pour ados Twilight et autres Vampire Diaries), il semblerait qu’on ait affaire à un retour en force des zombies. Les goules « réinventées » par George A. Romero envahissent aujourd’hui tous les supports : cinéma (Zombieland, dont on a déjà parlé ici), littérature (World War Z de Max Brooks, décrivant la guerre mondiale contre les morts vivants d’un point de vue stratégique), comics (The Walking Dead de Robert Kirkman) et enfin série télévisée.

The Walking Dead, sortie à Halloween dernier, est l’adaptation de l’oeuvre éponyme revue et corrigée par Kirkman lui même et Frank Darabont, réalisateur connu pour ses reprises des bouquins de Stephen King comme La Ligne Verte, Les Evadés ou encore The Mist.

Comme d’habitude, nous suivons un groupe de rescapés mené par Rick Grimes, un policier tout juste sorti d’un long coma, qui essaye de survivre dans un monde dévasté.

Le comics est une œuvre monumentale, non pas en terme de combats bourrins ou de giclement de cervelles (même s’ils sont magnifiquement mis en scène par le dessinateur Charlie Adlard), mais surtout pour son horreur distillée au fil des opus et la psychologie approfondie de ses personnages, bien plus intéressante que tout ce qui a été vu dans le genre (certains numéros n’ont même aucune apparition de créatures !). La question de la survie en territoire hostile ou de la peur continue côtoie ainsi avec finesse des thèmes plus larges mais aussi plus sensibles comme la relation familiale, les séquelles psychologiques, la perte ou même la réinsertion, faisant du groupe de Grimes des personnages touchants auquel le spectateur peut s’identifier.

L’héritage d’une telle œuvre devenue culte pour beaucoup (récompensé d’un Eisner Award en 2010) était donc un défi de taille à adapter pour Darabont. Mais pas impossible. Deux atouts soutenaient l’entreprise du réalisateur : d’abord Kirkman donc, qui permettait au fan de se rassurer sur la fidélité du projet, et la chaîne AMC, qui produit les meilleures séries actuelles (Breaking Bad et Mad Men), à tel point qu’elle tire lentement mais surement la couverture à l’indétrônable HBO.

Après une opération marketing d’envergure, le premier épisode d’une qualité exemplaire est donc sorti le soir d’Halloween (idée brillante), soutenu par l’approbation absolue de la presse et un succès public imparable (5,3 millions de téléspectateurs, record pour un series premiere sur la chaîne). Darabont est parvenu à mettre à l’image tout ce qui faisait le charme (et la réussite commerciale) du comics original : protagonistes intéressants (joué avec plus ou moins de talent), réalisme des situations, des décors et des maquillages, et climax génial (le tank). Plusieurs différences cependant se sont fait tout de suite ressentir. Ainsi des personnages (pas des plus intéressants, par ailleurs – on taira ici le nom pour évite toute sorte de spoilers) et des événements sont inventés spécialement pour le show, ce qui peut faire tilter le fan sans pour autant l’inquiéter. Après tout, pourquoi regarder une série qui reprendrait mot pour mot une œuvre déjà lue ? On a déjà vu des réappropriations beaucoup plus abouties que le matériau d’origine.

Après seulement six épisodes à la qualité décroissante, le bilan s’annonce déjà bien plus sévère. Les personnages ont perdu tout charisme, la réalisation s’avère fade, à l’exception de quelques moments de bravoures (le first person shoot ou encore le réveil d’une zombifiée), l’action est régulièrement ennuyeuse (ce qui marche en comics marche-t-il en série ?) et surtout les différences avec le comics sont légions. Bien sûr, le spectateur qui ne connait rien au comics ne s’y intéressera pas et ira jusqu’à montrer du doigt cet acharnement fanatique mais comment passer outre des situations inventées de toutes pièces et grotesques (les délinquants protecteurs ou le bunker) ou la suppression de scènes clés (la mort de xxx, bon sang !) ? Même en appréciant la série en elle même avec un regard neutre, en se forçant d’oublier tout ce que l’on aimait dans la bande dessinée géniale et parfaite, il faut honnêtement avouer que le nombre d’incohérences et de séquences idiotes (l’explication pitoyable du phénomène, le grand final explosif, totalement contraire à l’esprit de la BD) laisse béat.

Oui, la déception de nombreux fans et de quelques journalistes (tel que Pierre Serisier sur Le Monde des Séries) est à nuancer à la vue d’un succès publique croissant (6 millions de téléspectateurs pour le season finale) et d’un soutien plus ou moins régulier des spécialistes (nomination aux Writer’s Guild Awards et aux Golden Globes) mais la série aurait pu être tellement plus… Alors espérons que la décision de virer les scénaristes de cette première saison par le showrunner est une première étape pour un retour aux sources.

En résumé

The Walking Dead, version comics, est une oeuvre à part, plus psychologique que bourrine, hantée par des personnages intéressants, charismatiques et complexes. Il était naturel de voir le petit écran s’y intéresser de près, malheureusement, même si le public et une grande partie de la critique suivent, la qualité décroit vite dans cette version signée Frank Darabont en tombant dans la platitude et le grotesque, et peut décontenancer plus d’un fan avec sa réappropriation de l’oeuvre originale.

Version comics : ****’ – Brillant

Version TV : * – Désastreux

The Walking Dead. Comics, USA, 2003 – (en cours). De Robert Kirkman, dessinée par Charlie Adlard.

Série télévisée, Usa, 2010 – (en cours). De Frank Darabont, avec Andrew Lincoln et Jon Bernthal.

Critique d’Obben.

Six Feet Under : la vie est belle.

30 Juin

Quand Nathanael Fisher Senior, gérant d’une modeste entreprise de pompes funèbres, décède brutalement dans un accident de voiture, sa femme et ses trois enfants doivent tous faire face à la réalité de la mort et reprendre l’affaire familiale.

Chacun d’entre nous a des problèmes plus ou moins importants avec sa famille. Chaque famille a son canard boiteux (celui-dont-on-ne-prononce-pas-le-nom) ou ses engueulades de noël. Il n’y a qu’à voir le nombre de familly drama qui sortent régulièrement pour s’en rendre compte (The Sopranos à la télévision, CRAZY et Le Dernier jour du reste de ta vie au cinéma) et même les Ingalls avaient leurs conflits. Alors à quoi bon regarder une famille se lamenter sur elle même pendant près de 58 heures ? D’autant plus que cette histoire de croque mort n’est pas des plus réjouissantes et des motivantes pour la suite…

Or Six Feet Under (SFU) est loin d’être une morbide et banale chronique familiale, elle est bien plus que cela car lorsqu’Alan Ball (le scénariste oscarisé d’American Beauty) imagine la famille Fisher, c’est pour mieux parler librement (on est sur HBO, la chaine qui a diffusé The Sopranos) de la société américaine.
Les personnages en sont ainsi les archétypes : Ruth est une mère coincée, qui vit pour et par sa famille mais désire rester femme ; Nate, l’ainé des enfants, est un grand adolescent, n’hésitant pas à faire l’amour à la première venue sans se préoccuper des conséquences ; David est homosexuel, le cachant à ses proches (à l’instar de Ball qui a fait son coming out à 30 ans) et Claire, une gamine cynique attirée par les bad boys. Là où n’importe quelle série aurait pu se contenter de rester enfermée dans ses stéréotypes, Ball et son équipe ne cessent de les faire évoluer, les confrontant à leurs démons (solitude, paternité, homophobie, doutes), à des événements et des rencontres les aidant peu à peu à grandir et à murir, à nous faire murir.

Car là est l’intérêt de SFU : par cette manière de montrer tout en ne jugeant jamais mais simplement en nous expliquant la pluralité de points de vue et la complexité de l’être, Ball cherche à nous faire réagir, à nous faire prendre conscience que l’autre n’est pas mieux que nous même mais en aucun cas pire. Une méthode proche de l’objectivité qui se ressent aussi lors des morts qui ouvrent chaque épisode. Celles ci sont souvent dures et dérangeantes (la mort subite d’un nourrisson vu à travers les yeux de l’enfant, la mort accidentelle d’un garçon de six ans ou encore le tabassage d’un jeune homosexuel) mais la beauté de la réalisation et de l’écriture met fréquemment le spectateur dans une position d’accompagnateur du défunt et jamais dans celle du voyeur, comme si l’auteur aimait ses personnages et les guidait vers la mort malgré leurs défauts ou perversions, parfois même avec un humour cinglant justifiant au passage le vieil adage « la vie n’a aucun sens ».
Car il aurait semblé dur de faire de l’humour sur des sujets aussi graves mais le cynisme, l’ironie ou les sarcasmes (souvent de la bouche même des morts) sont autant de méthodes pour se débarrasser du boulet des conventions et du conformisme puritain à peine voilé de notre société occidentale. Car Ball le dit, l’exprime et nous y enfonce le regard : baiser langoureux et sexe entre deux hommes, drogue entre jeunes, partouze… Aucun tabous n’est autorisé.
La mort elle même est dénudée par l’intermédiaire de Federico, l’embaumeur qui considère son métier autant comme un boulot normal que comme un art, et le téléspectateur connaitra bientôt toutes les phases du processus (vidages, produits chimiques, reconstruction) sans oublier les coulisses du business de la mort (prix exorbitants, marges faramineuses, grandes compagnies contre petites entreprises).

La qualité extraordinaire de la série, sa philosophie (car c’est une véritable philosophie de vie qui est distillée durant ces cinq années) et sa psychologie hors norme ont poursuivi la voie ouverte par The Sopranos (ou même Oz) chez HBO, toujours à la recherche de fictions justes, intelligentes et choquantes, dont on voit toujours les stigmates aujourd’hui (Breaking Bad, Mad Men ou True Blood du même Ball). Une qualité récompensée (9 Emmys, 3 Golden Globes) qui ne décroitra jamais grâce à son casting exceptionnel (brillamment mené par le trio Krause-Conroy-C. Hall, le futur Dexter) et à une réalisation superbe, dont l’apothéose final sera certainement le moment le plus beau et le plus émouvant qui ait été donné de voir à un téléspectateur.

En résumé :

Six Feet Under est bien plus qu’une simple série, c’est une philosophie. En abordant une multitude de thèmes sans aucun tabous (sexe, solitude, violence, spiritualité…) et sans jugement, en ne cessant de faire évoluer ses personnages pour mieux nous interpeller, son auteur, Alan Ball, offre au téléspectateur un moyen d’avancer, de se construire et d’apprendre à appréhender la vie ainsi que la mort, avec peut être un peu plus de sérénité.

***** – Chef d’oeuvre !

Six Feet Under. USA, 2001 – 2005. De Alan Ball, avec Peter Krause et Michael C. Hall. 63×55 minutes.

Critique d’Obben.

Lost : il était une fois, sur une île (presque) déserte.

26 Mai

La critique a été réalisée à l’occasion du dernier épisode de la série. Il est évident qu’elle parle d’éléments importants révélés lors du final. Donc, si vous ne voulez pas lire de spoilers, passez votre chemin !

n a tous grandi avec Lost. Que ce soit à travers les conversations de nos amis ou le petit écran. Ça a donné envie à certains de se lancer dans le monde des séries et à d’autres de découvrir toutes les mythologies du monde. Ça nous a inspiré des aventures sans fin et ça a fini même par s’incruster dans nos rêves.

Elle était belle l’époque où le samedi soir on préférait regarder Lost sur TF1 au lieu de sortir avec les amis. Et il y a ceux qui ne pouvaient pas attendre alors ils se procuraient la version américaine. Les poils se hérissaient et les yeux savouraient :

« Previously on Lost »

On avait tous un petit air de chanson qui trainait au coin de notre tête : You All Everybody des Driveshaft et on était tenté de jouer les chiffres « maudits » au loto du coin. On allait sur le site de Oceanic Airlines pour trouver déjà des réponses à nos questions et on ne ratait pas un seul web épisode.
Pendant ce temps là, diffusée dans 120 pays du monde, la fièvre Lost gagnait la terre entière et les critiques étaient unanimes : Lost allait révolutionner le monde des séries.

En 2004, le vol 815 d’Oceanic Airlines se crash sur une île déserte. Presque 50 rescapés doivent apprendre à vivre au quotidien dans cet environnement hostile et assez étrange où une fumée noire semble anéantir les rescapés. Un ours polaire apparait et bientôt d’autres habitants de l’île veulent mener des expériences sur les survivants. Et si les secours n’arrivaient jamais?

D’épisodes en épisodes, l’histoire devient de plus en plus intrigante frôlant la science fiction et le fantastique. Les interviews se multiplient pour l’équipe de tournage et les recherches s’intensifient du côté des fans.

J.J Abrams, connu au cinéma pour Mission Impossible et producteur de Cloverfield, affirme certainement avec Lost (après Alias) sa place au sein du monde du visuel. Accompagné dans l’écriture par Jeffrey Lieber et plus tard par Damon Lindelof, il abandonnera pourtant trop tôt l’aventure. Les scénaristes semblent eux mêmes devenir des « losties » sans leur mentor et quelques saisons plus tard, on perd vite les pédales. Et pourtant, en bons fans, on espère.

« Avez vous la moindre idée de là où je vous amène ? »

L’espoir c’est aussi ce qui fait vivre les personnages sur l’île. Car on ne tarde pas à comprendre que c’est bien elle le personnage principal. Elle qui commande qui doit venir et qui doit mourir. Elle encore qui abrite cette source. La source de la vie et de la mort qu’il faut protéger.
Alors, reprenons. « Previoulsy on Lost » :

Lost, c’est l’histoire d’une île qui abrite un petit meurtre en famille. Deux enfants échouent sur l’île avec leur mère. Cette dernière est tuée par une femme qui les adopte. Plus tard, elle leur dira qu’elle est la gardienne de l’île et qu’il faudra bientôt un successeur. Jacob et son frère grandissent. Le premier ne se pose pas beaucoup de question tandis que le deuxième veut quitter l’île, voir ce qu’il y a derrière. A cause de son ambition, sa mère, un peu folle qui considère l’homme comme le mal absolu, finira par le laisser pour mort. Il la tuera par la suite et Jacob découvrant le cadavre de sa mère adoptive, tuera son frère en le jetant dans la source. Son esprit de vengeance, aidé par la source, le transformera en ce que les « losties » appellent « le monstre » ou « la fumée noire » (Smokey).
En 2004, Jacob, se faisant vieux dans sa lutte contre la fumée cherche donc un successeur. Les candidats du crash de l’Oceanic Airlines sont arrivés à temps. Smokey joue avec ces derniers, cherchant lui-même un candidat pour satisfaire son ambition de jadis : quitter l’île.

Et il faudra un épisode aux scénaristes (seulement un seul le 616, What they die for) pour nous raconter tout ça. Quant aux autres questions, celles que tout le monde s’est posé pendant toutes ces années, celles là même qui alimentaient toutes les rumeurs, qui nous faisaient rêver, voyager et frémir ne trouveront malheureusement et pour jamais, aucune réponse.

 » “Lost” ended tonight, and with it the hopes and dreams of millions of people who thought it might finally get good again. « 
Max Read dans Gawker.

Ce qu’il faudra retenir de Lost, nous dira-t-on, c’est cette relation humaine entre les personnages. Il n’y a pas de bons comme il n’y a pas de méchants. Tous êtres humains, oui oui, même Smokey. Lost aura réussi à aller au delà des clichés : Sayid n’est pas l’arabe qui a fait exploser l’avion, Sun n’est pas la femme asiatique soumise à son mari Jin, Kate n’a pas tué son beau père pour le plaisir du crime, Hurley n’est pas un homme riche et comblé, Locke n’est pas l’homme courageux qu’il voudrait tant nous faire croire, Jack n’est pas si heureux que ça en sauvant des vies, Sawyer n’est pas qu’un bad boy aux répliques foudroyantes, Ben n’est pas l’ennemi, Richard n’est pas celui qui sait tout, Jacob n’est pas tout blanc et Smokey n’est pas tout noir.
Une fois la morale passée et comprise, il reste les mystères. Parce que si c’est pour discuter du bien et du mal, autant regarder Star Wars une énième fois, Hurley en a si bien fait la publicité.
Et en parlant de publicité, il y’en a eu quarante cinq minutes pour le dernier épisode de Lost à 900 000 dollars les trente secondes. Autant nous dire tout de suite que Lost était devenu affaire d’argent pour ABC avec quelques douze millions de spectateurs aux Etats Unis.
« Lost a pris fin ce soir emportant les espoirs et les rêves de millions de personnes qui voulaient croire que ça pouvait encore donner quelque chose de bon. »
Parce qu’en fait, Lost, de notre côté, ça faisait longtemps qu’on espérait plus vraiment. En parcourant les forums et en parlant avec nos amis, nous nous en rendions peu à peu compte. La saison 4 battait déjà de l’aile quand après tant d’effort pour en sortir, « ils » ont tous décidé de retourner sur l’île. Il faut sauver ceux qui y sont restés la dernière fois, nous dit-on.
Quelques flopée de morts plus tard, tout le monde veut revenir au monde moderne. Fin de la saison 3, c’était la même ambition. C’est l’histoire du serpent qui se mord la queue.

Et pourquoi?

« Pourquoi ? »

A ce qu’il paraît, on ne pose pas les bonnes questions. Ce n’est pas ça l’essentiel, nous disent les scénaristes à travers la bouche de Smokey qui lui même toute sa vie s’est demandé pourquoi.
Pour rien du tout. Ou plutôt parce que même les scénaristes ne savent plus quoi nous raconter. Ne savent plus quoi nous expliquer. A vouloir trop en faire sans jamais eux mêmes revenir sur le show qu’ils présentaient, ils se sont perdus.
Alors, la réalité X ou réalité alternative est là pour sauver la mise. Et en y réfléchissant, il n’y avait pas vraiment d’autres moyens pour se sortir du mauvais rêve qu’était devenu Lost. Il fallait inventer un monde où tout le monde paraît uni et heureux. Sans problèmes particuliers. Ce monde en fait, c’est le monde que découvre Jack après sa mort et sa courte nomination en tant que protecteur de l’île. Parce que oui, il meurt. Mais tout le monde finit par mourir nous dit Christian Shepard, le père de Jack.

« This is the place that you all made together so that you could find one another. »
Christian Shepard

En fait, dans Lost, tout le monde meurt à la fin. C’est un peu l’histoire de la vie. Un beau détournement d’attention quand on pense que pendant six ans on nous a (bien) fait comprendre que, comme je l’ai dit précédemment, le personnage central est l’île. N’essayez pas de chercher une réponse à toutes vos questions. Quand les cinq dernières minutes arrivent, on devine qu’il n’y en aura plus. C’est le dernier au revoir aux personnages. Il aura fallu un purgatoire pour tous les réunir, un concert de Driveshaft, un Desmond plus lucide que jamais et un père Shepard en maitre de cérémonie. Les couples sont enfin réunis. Tout le monde est là. Sauf ceux qu’on n’a pas invité au casting du final. Walt en fera partie avec tous les mystères autours de ses nombreux pouvoirs. On pousse la porte, la lumière se fait vers un autre monde.

« Où allons-nous ? » demande Jack à son père.
« Allons donc voir. » lui répond-t-il un large sourire aux lèvres.
L’oeil de Jack s’éteint sur l’île alors qu’il voit dans le ciel Kate, Sawyer, Desmond, Richard et Lapidus quittent l’île à tout jamais à bord de l’avion d’Ajira . On ne nous avait pas dit que l’histoire se déroulait du point de vue de Jack…
On a alors le droit de se demander s’il a rêvé le purgatoire ou si celui ci est bien réel.
Et s’il avait rêvé l’aventure Lost?

On a tous grandi avec Lost. On en a peut être trop espéré. On l’a peut être trop rêvé, nous aussi. Et la chute fait mal.

Lost. USA, 2004-2010. De J.J. Abrams, Damon Lindelof et Jeffrey Lieber, avec Matthew Fox et Evangeline Lilly. 121×42 minutes.

Critique d’Alice.

This is how it ends : Friends.

15 Mai

This is how it ends raconte le jour où une série, importante ou non pour l’auteur mais toujours marquante, s’est terminée. On vous invite à exprimer comment vous y avez réagi !

En 1994 je n’avais que cinq ans. Et, des fois, chez moi, on regardait Friends.

Moi, ces histoires d’adulte ne m’interessaient pas vraiment. Même si, quelques fois, je rêvais secrètement du jour où je serai enfin colocataire de quelqu’un. Ce jour où je serai enfin devenue grande. J’ai connu Friends sur France2, alors que la série se rapprochait déjà de sa fin. A l’époque je regardais un épisode ou deux avant d’aller voguer à mes occupations de collégienne : MSN, les amis, les rumeurs et les amours. Friends, pas vraiment ma génération mais, j’aurais aimé faire partie de la leur. C’était devenu au fil du temps un rendez-vous mondial. La terre entière connaissait nos chers colocataires. Leur vie, leur sentiment, leur tasse de café.
C’est l’année de ma terminale que le dernier épisode a pris fin. Ca a passé aux infos. Y’avait de grands écrans installés à New York pour cette occasion. Et des fans à perte de vues, les larmes aux yeux, un sourire aux coins des lèvres. Et, quand j’y pense, j’en ai encore des frissons. Je regardais tous ces adutes qui avaient la trentaine, mouchoir à la main. Ils avaient tous rendus des clefs et fait leur valise pour une nouvelle vie. Certains allaient se marier, d’autres avaient sûrement eu des enfants vers la fin de la série. Ils avaient un peu grandi avec Rachel, Ross, Chandler, Monica, Phoebe et Joey. Ils avaient tous eu des amis qui leur ressemblaient et savaient qu’il fallait commencer autre chose.L’année d’après, à dix huit ans, je décidais qu’il était grand temps d’emménager seule. En fait, je n’avais pas vraiment le choix. Ma famille habitait trop loin pour pouvoir m’héberger.

Quand j’ai poussé la porte de mon nouveau chez moi, j’avais l’impression d’être Rachel à la conquête de nouveaux amis, de nouveaux voisins. Et, ça n’a pas raté. L’année d’après je rencontrai mon premier colocataire. En même temps que How I met Your Mother. Notre génération avait enfin trouvé sa série phare. Alors, une bière à la main, mon bar préféré en bas de chez moi et des amis en or, j’ai décidé qu’il était grand temps de vivre des aventures folles de colocataires déjantés. Redoutant le jour où tout cela allait se terminer.

Et vous, que faisiez vous le jour de la fin de Friends ?

Chronique d’Alice.

Cowboy Bebop : Far Space.

29 Mar

Il existe des oeuvres qu’il est assez vain de critiquer car tout le monde est d’accord pour en clamer les mérites. Il en existe d’autres qui changent totalement votre perception d’un format donné. Cowboy Bebop, l’aventure spatiale de Schinichiro Watanabe, fait partie de ces deux catégories.

En 2071, Spike Spiegel et Jet Black, chasseurs de pimes grandes gueules et bras cassés, sillonnent le système solaire à bord de leur vaisseau, le Bebop, à la recherche de criminels. A travers leur périple, qui nous dévoilera le passé caché et hors du commun des personnages, ils feront la connaissance d’un chien « data » nommé Ein, d’une joueuse sur endettée et amnésique, Faye Valentine, et enfin Ed, une jeune hacker survoltée.

Avec un tel scénario, dur de se faire à l’idée qu’on a là un chef d’oeuvre de l’animation japonaise. Et pourtant, dérrière ses airs simplistes se cache un véritable drame mettant en scène des personnages charismatiques qui gagneront en épaisseur tout au long de la série. En effet, la série quittera peu à peu la monotonie de la chasse à la prime pour s’attacher aux personnages et leurs personnalités tourmentées. Ainsi, Spike sera rattrapé par son passé mafieux pendant que Jet se confrontera à d’anciens coéquipier lorsqu’il était dans l’ISSP, la police du système solaire. Quant à Faye, la recherche de ses souvenirs perdus ne se fera pas sans douleur et sans surprise.
En outre, l’une des grandes forces de la série a été de créé un univers cohérent et vivant : que ce soit sur les villes corrompues de Mars ou dans les nombreux vaisseaux, à deux doigts de la panne fatale, les personnages y ont une histoire et ne s’arrêtent pas de vivre lorsque le spectateur n’est pas là. Ainsi, trois vieux vieillards parlent avec nostalgie de leur jeunesse sur Terre, les villes sont remplies de pauvres clochards ou de marchands/arnaqueurs ambulants et les alentours de la villes sont gardés par de gigantesques publicités… Bref un univers qui se révèle être sombre (mais non dénué d’humour), maitrisé et recherché.

L’autre force de Cowboy Bebop, comme son nom l’indique, est le mélange des genres. En plus du travail évident sur le western (principalement italien, comme l’indiquent les plans sur les yeux, relents de Sergio Leone) et sur la science fiction (2001 : A Space Odyssey), la série aborde une multitude d’autres thèmes tels que la mafia, les arts martiaux (Bruce Lee), le trafic de drogue (les cartels mexicains), la culture chinoise (les Chinatown), le film noir (à la Bogart), la blaxploitation, le fantastique, le film d’horreur (Alien) et même… Pierrot le Fou de Jean Luc Godard (qui donne son nom à un épisode) ! Cet amour pour le cinéma se fait d’ailleurs la réalisation très complexe pour une série d’animation : flou, jeu de lumière, tremblement, plan séquence ou montage rythmé, vue subjective, plongé et contreplongée…. Cowboy Bebop fait la part belle à une réalisation cinématographique de haute qualité.

L’image ultra travaillée de la série (personnages et véhicules racés, environnement détaillé, animation réussie) ne serait rien sans une bande sonore du même niveau. Or, l’intelligence de Watannabe a été de s’entourer d’une grande compositrice qui offre là tout simplement la perfection. En effet, à l’image des référence cinématographiques, la bande originale brase tous les genres musicaux : du jazz, genre de prédilection de la série, au hard rock, en passant par la pop, les ballades rock et le blues, Yoko Kanno et son « groupe », The Seatbelts, semblent avoir un don particulier pour n’importe quel style. Et, chose rare, les albums sont si somptueux que vous pouvez vous surprendre en train de les écouter pour la 10ème fois.
Enfin, que ce soit en version originale ou en version française (avec, malgré tout, un petit moment d’adaptation), les doubleurs maitrisent leur sujet et font beaucoup dans la personnalité des personnages.

La série a connu une « suite » au cinéma, très réussie mais souffrant d’un petit manque de rythme, à travers le long métrage Knockin’ on Heaven’s Door, dont le titre est déjà témoin d’une certaine influence, et aura prochainement une adaptation « live » avec Keanu Reeves dans le rôle de Spike (sic).

En résumé :

Cowboy Bebop est un chef d’oeuvre de l’animation japonaise réalisé d’une main de maitre cinéphile par Schinichiro Watanabe, dont la multitude de références donne un ton particulier à cette fresque futuriste et complexe, rythmée par la géniale composition de Yoko Kanno.

***** – Chef d’oeuvre !

Cowboy Bebop. 1997, Japon. De Schinichiro Watanabe, avec Koichi Yamadera et Unsho Ishizuka. 26x20min et 1x1h55.

Critique d’Obben.

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