Nos meilleures années : une fresque italienne.

22 Fév

La décennie 2000/2010 a été fertile en matière de cinéma italien. Tout a commencé en 2001 avec La chambre du fils de Nanni Moretti qui reçut la Palme d’Or à Cannes. On se souviendra également du très baroque Romanzo Criminale de Michele Placido, de l’impitoyable Gommora de Matteo Garrone, des satyriques Il Divo et Le Caïman de Sorrentino et Moretti,  le schizophrène Vincere de Bellocchio, de premiers films comme Anche libero va bene réalisé par l’acteur Kim Rossi Stuart, ou encore de documentaires chocs comme Draquila de Sabina Guzzanti. Tous ces films ont connu un certain succès à l’international, leurs titres ne vous sont pas étranger, n’est-ce pas ?

En 2003, le réalisateur Marco Tullio Giordana, qui venait de connaître une petite gloire avec Les cent pas, habitué des grands festivals, a eu une idée assez originale : réaliser un téléfilm ?! Les scénaristes Sandro Petraglia et Stefano Rulli (auteurs de plusieurs films mentionnés ci dessus) se sont mis au travail et Nos meilleures années a vu le jour.

Il est difficile de suspendre le temps, de se perdre six heures durant ailleurs que dans notre propre vie. C’est pourtant ce que nous offre Giordana avec cette oeuvre singulière.

C’est toute l’histoire italienne qui nous est contée au travers d’une famille, les Carati, et plus particulièrement de deux frères, Nicola (Luigi Lo Cascio) et Matteo (Alessio Boni) qui rencontrent à l’été 1966, Giorgia (Jasmine Trinca), une jeune femme fragile psychologiquement. Cet été va être un tournant décisif pour tous, et les choix qu’ils prendront influenceront le restant de leurs vies.

On comprend mieux une Italie malade, la divergeance d’opinion du peuple, au sein même de la famille parfois. L’energie débordante de la classe ouvrière, la terreur qu’ont engendrés les Brigades Rouge, la mafia, l’Etat. Mais qu’on se l’entende bien, il ne s’agit pas d’un film politique. Les repères historiques ne sont ici qu’un prétexte pour nous parler de choses beaucoup plus universelles, les liens familiaux, l’amitié , la perte d’un être cher, l’incommunicabilité des êtres, le pardon. Ce film est avant tout un hymne à la deuxième chance. On y découvre une Italie resplendissante, la Sicile, la Toscane, Rome, Florence, Turin, toutes ces villes sous leur plus beau jour.

La réalisation est d’une cohérente déconcertante, sans surplus ni prétention. La photographie n’est ni éxagérée ni stylisée puisque le décor à lui seul nous raconte des histoires. Les interprètes sont remarquables, que ce soit Luigi Lo Cascio ou Alessio Boni, rien est à redire et Adriana Asti dans le rôle de la mère de famille est cruellement émouvante. Mon coup de coeur revient à la belle Jasmine Trinca, qui a été découverte par Moretti pour « La chambre du fils » et que l’on retrouve également en Roberta dans « Romanzo Criminale ». Ici elle incarne Giorgia, une « aliénée mentale », traumatisée, torturée et poignante qui à elle seule représente cette Italie impuissante et dépouillée.

Avec ce téléfilm, on respecte le télespectateur, on ne le sous-estime pas. On ne lui explique pas tout comme à un écolier. Au bout de 5 heures il aurait été facile de nous bombarder de flashbacks pour nous émouvoir, pour creuser un paradoxe, un parallèle, que nenni, le souvenir nous revient seul et fort !

Au final, on se laisse embarquer totalement par cette saga, c’est 40 ans (1966-2003) qui défilent devant nous, les personnages vieillissent devant nos yeux. On les connaît, on s’y attache, ils nous manquent parfois. Le spectateur se reconnaîtra forcément dans un détail, un geste, une parole. Parce qu’au final, c’est de nous qu’il s’agit.

Un téléfilm ? C’était une évidence. Le seul format qui permet une immersion totale, un abandon physique à l’heure ou les gros exploitants de salles refusent de diffuser décemment ce genre de productions, comme cela a pu encore se voir récemment avec le Carlos d’Olivier Assayas ou Les mystères de Lisbonne de Raoul Ruiz. Nos meilleures années est la preuve vivante que quand la télévision ne tue pas le cinéma, elle peut être son issue de secours… A découvrir donc en urgence, que vous soyez seul, entre amis, mais surtout en famille !

Et pour les mauvaises langues qui amalgament forcément mélodrame et pathos, à ceux-là je leur dis de revenir en parler après l’avoir vu !

La Meglio Gioventù. Italie, 2003. De Marco Tullio Giordana, avec Luigi Lo Casco et Alessio Boni. 6h40.

Critique de Merouane.

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La Mouche

22 Fév

Un scientifique brillant ayant mis au point une technique de transport révolutionnaire, tombé sous le charme d’une séduisante journaliste en mal de scoop, va subir de lentes transformations physiques après avoir accidentellement fusionné avec une mouche.

The Fly, remake du film éponyme de Kurt Neumaan (réalisé en 1958), s’est imposée comme l’une des œuvres clés du maître David Cronenberg (elle sera par ailleurs adaptée sous forme d’opéra, mis en scène par le cinéaste). Une fois n’est pas coutume, l’œuvre du cinéaste canadien dépasse de loin l’original, pur film d’exploitation adapté d’une nouvelle de George Langelaan. Le film de Cronenberg ne présente au spectateur que peu de décors : le laboratoire, où se déroule la majorité du long-métrage, le siège du journal pour lequel travaille la reporter, l’appartement de cette dernière… Par cette économie de lieux, le metteur en scène centre  l’action sur ses deux personnages, l’environnement n’ayant que peu d’importance, si l’on exclue la machine révolutionnaire conçue par le scientifique.

L’intérêt principal du film est donc l’étroit rapport qui unit ces deux êtres que tout sépare (un scientifique casanier, obnubilé par son travail et un peu gauche d’un côté et une journaliste séduisante, sûre d’elle et ambitieuse de l’autre). La découverte des plaisirs de la chair permettra à Seth Brundle (le chercheur surdoué) d’apporter le chaînon manquant à ses travaux,  le caractère humain. Dès lors, l’exaltation de l’homme ne fera qu’augmenter ; plus que jamais optimiste envers son invention, l’audace et la confiance qui lui manquaient pour l’expérimentation humaine sont apportées par son amour passionnel pour Veronica (la reporter). On peut ainsi voir en elle une véritable muse scientifique, dont la liaison avec le chercheur fait parallèlement avancer les travaux de ce dernier. Car La Mouche est en premier lieu une histoire d’amour qui, en tant que tel, introduit un troisième personnage : le supérieur hiérarchique et ancien amant de la journaliste, qui la persuadera de poursuivre sa relation avec Brundle dans un but professionnel tout en devenant peu à peu jaloux du sujet du reportage. Celui-ci n’est guère plus enviable ; la fusion accidentelle avec l’insecte va provoquer une lente et inexorable dégénérescence physique. Malgré cette effroyable métamorphose, la confiance abusive du scientifique en lui-même ne mettra pas longtemps à prendre le dessus sur le désespoir ; il décide de filmer au jour le jour sa transformation, accompagné dans cette tâche par une Veronica atterée et désespérée par la perte lente et douloureuse de l’être aimé.

Si les premiers effets de la fusion sont plutôt étonnants et mélioratifs (d’impressionnantes aptitudes sportives et sexuelles), Seth Brundle, qui s’est lui-même rebaptisé Brundle/Fly, s’éloigne peu à peu de l’humanité élémentaire et devient une créature animale, régie par ses pulsions tout en conservant son amour pour la journaliste qui l’empêchera sans doute (tant que cela est encore possible) de sombrer dans un hédonisme vulgaire poussé à l’extrême. Mais la métamorphose ne pouvant être altérée indéfiniment, l’horreur finira par prendre le pas sur la passion et Brundle ira jusqu’à tenter de tuer son rival (avant que Veronica, dans un dernier élan amoureux, ne réussisse à l’en empêcher). Le stade finale de la fusion homme/insecte, bête immonde et difforme, ayant définitivement perdue tout caractère humain, implorera (lors d’une scène finale provoquant une émotion rare) la reporter de l’achever, ce qui marquera la fin tragique d’un scientifique sans doute trop brillant.

L’interprétation de Seth Brundle est sans doute la plus remarquable du film, Jeff Goldblum parvient à exprimer toutes les émotions et ressentis de son personnage. Dans un premier temps, il incarne véritablement le chercheur brillant et enthousiaste, puis l’être compulsif et innarrêtable dans son exaltation scientifique, avec le même naturel et la même sincérité. Le reste de la distribution ne se limite qu’à la journaliste et à son supérieur, les personnages étant aussi peu nombreux que les lieux. Geena Davis livre une interprétation impeccable et sans fioritures, et on pourrait reprocher à John Getz une certaine fadeur si celle-là n’influençait que négligemment sur la réussite homogène du long-métrage.

La réalisation de David Cronenberg est irréprochable, et offre logiquement ses meilleurs moments lors des séquences intra-laboratoire, durant lesquelles on admirera autant le maquillage réalisé par Chris Wallas que la mise en scène inspirée.

En résumé :

La Mouche, en plus d’être le premier succès mondial de David Cronenberg, est un film unique et malsain, véritable histoire d’amour tragique mêlée au pur film d’horreur, servie par une interprétation quasi-irréprochable, et dont le final tragique est sans doute l’une des fins les plus émouvantes jamais tournées.

***** – Chef d’œuvre

The Fly. USA, 1986. De David Cronenberg, avec Jeff Goldblum et Geena Davis. 1h35.

Critique de Patator.

The Walking Dead : la mort aux trousses.

21 Fév

Depuis quelques années, les créatures fantastiques ont connu un regain d’intéret certain, phénomène que Jean Marigny établit comme conséquence de la crise économique. Après la mode des vampires (l’excellente True Blood, la saga pour ados Twilight et autres Vampire Diaries), il semblerait qu’on ait affaire à un retour en force des zombies. Les goules « réinventées » par George A. Romero envahissent aujourd’hui tous les supports : cinéma (Zombieland, dont on a déjà parlé ici), littérature (World War Z de Max Brooks, décrivant la guerre mondiale contre les morts vivants d’un point de vue stratégique), comics (The Walking Dead de Robert Kirkman) et enfin série télévisée.

The Walking Dead, sortie à Halloween dernier, est l’adaptation de l’oeuvre éponyme revue et corrigée par Kirkman lui même et Frank Darabont, réalisateur connu pour ses reprises des bouquins de Stephen King comme La Ligne Verte, Les Evadés ou encore The Mist.

Comme d’habitude, nous suivons un groupe de rescapés mené par Rick Grimes, un policier tout juste sorti d’un long coma, qui essaye de survivre dans un monde dévasté.

Le comics est une œuvre monumentale, non pas en terme de combats bourrins ou de giclement de cervelles (même s’ils sont magnifiquement mis en scène par le dessinateur Charlie Adlard), mais surtout pour son horreur distillée au fil des opus et la psychologie approfondie de ses personnages, bien plus intéressante que tout ce qui a été vu dans le genre (certains numéros n’ont même aucune apparition de créatures !). La question de la survie en territoire hostile ou de la peur continue côtoie ainsi avec finesse des thèmes plus larges mais aussi plus sensibles comme la relation familiale, les séquelles psychologiques, la perte ou même la réinsertion, faisant du groupe de Grimes des personnages touchants auquel le spectateur peut s’identifier.

L’héritage d’une telle œuvre devenue culte pour beaucoup (récompensé d’un Eisner Award en 2010) était donc un défi de taille à adapter pour Darabont. Mais pas impossible. Deux atouts soutenaient l’entreprise du réalisateur : d’abord Kirkman donc, qui permettait au fan de se rassurer sur la fidélité du projet, et la chaîne AMC, qui produit les meilleures séries actuelles (Breaking Bad et Mad Men), à tel point qu’elle tire lentement mais surement la couverture à l’indétrônable HBO.

Après une opération marketing d’envergure, le premier épisode d’une qualité exemplaire est donc sorti le soir d’Halloween (idée brillante), soutenu par l’approbation absolue de la presse et un succès public imparable (5,3 millions de téléspectateurs, record pour un series premiere sur la chaîne). Darabont est parvenu à mettre à l’image tout ce qui faisait le charme (et la réussite commerciale) du comics original : protagonistes intéressants (joué avec plus ou moins de talent), réalisme des situations, des décors et des maquillages, et climax génial (le tank). Plusieurs différences cependant se sont fait tout de suite ressentir. Ainsi des personnages (pas des plus intéressants, par ailleurs – on taira ici le nom pour évite toute sorte de spoilers) et des événements sont inventés spécialement pour le show, ce qui peut faire tilter le fan sans pour autant l’inquiéter. Après tout, pourquoi regarder une série qui reprendrait mot pour mot une œuvre déjà lue ? On a déjà vu des réappropriations beaucoup plus abouties que le matériau d’origine.

Après seulement six épisodes à la qualité décroissante, le bilan s’annonce déjà bien plus sévère. Les personnages ont perdu tout charisme, la réalisation s’avère fade, à l’exception de quelques moments de bravoures (le first person shoot ou encore le réveil d’une zombifiée), l’action est régulièrement ennuyeuse (ce qui marche en comics marche-t-il en série ?) et surtout les différences avec le comics sont légions. Bien sûr, le spectateur qui ne connait rien au comics ne s’y intéressera pas et ira jusqu’à montrer du doigt cet acharnement fanatique mais comment passer outre des situations inventées de toutes pièces et grotesques (les délinquants protecteurs ou le bunker) ou la suppression de scènes clés (la mort de xxx, bon sang !) ? Même en appréciant la série en elle même avec un regard neutre, en se forçant d’oublier tout ce que l’on aimait dans la bande dessinée géniale et parfaite, il faut honnêtement avouer que le nombre d’incohérences et de séquences idiotes (l’explication pitoyable du phénomène, le grand final explosif, totalement contraire à l’esprit de la BD) laisse béat.

Oui, la déception de nombreux fans et de quelques journalistes (tel que Pierre Serisier sur Le Monde des Séries) est à nuancer à la vue d’un succès publique croissant (6 millions de téléspectateurs pour le season finale) et d’un soutien plus ou moins régulier des spécialistes (nomination aux Writer’s Guild Awards et aux Golden Globes) mais la série aurait pu être tellement plus… Alors espérons que la décision de virer les scénaristes de cette première saison par le showrunner est une première étape pour un retour aux sources.

En résumé

The Walking Dead, version comics, est une oeuvre à part, plus psychologique que bourrine, hantée par des personnages intéressants, charismatiques et complexes. Il était naturel de voir le petit écran s’y intéresser de près, malheureusement, même si le public et une grande partie de la critique suivent, la qualité décroit vite dans cette version signée Frank Darabont en tombant dans la platitude et le grotesque, et peut décontenancer plus d’un fan avec sa réappropriation de l’oeuvre originale.

Version comics : ****’ – Brillant

Version TV : * – Désastreux

The Walking Dead. Comics, USA, 2003 – (en cours). De Robert Kirkman, dessinée par Charlie Adlard.

Série télévisée, Usa, 2010 – (en cours). De Frank Darabont, avec Andrew Lincoln et Jon Bernthal.

Critique d’Obben.

Inception : la science des rèves.

24 Sep

Oubliez les micros, les appareils photos et les faux badges, l’espionnage industriel à l’ancienne, c’est has-been. Désormais, ce sont les rêves qui sont la proie des « extracteurs », des voleurs scientifiques de l’inconscient. Dom Cobb, probablement le meilleur dans cette nouvelle branche professionnelle, est engagé par Saito, riche homme d’affaires japonais, pour une mission bien plus difficile que la simple extraction : « l’inception », soit l’implantation d’une idée originale dans le rêve de la victime. Véritable évènement cinématographique de l’été, le nouveau long métrage de Christopher Nolan, l’auteur geek ultra bankable depuis l’excellent Dark Knight, Inception, est une sorte de film d’action best of à l’intelligence flagrante et fulgurante.

Labyrinthe onirique ou jeu de poupées russes fantasmagorique, le film de Nolan nous invite à oublier la douce (et certes malsaine) rêverie de Satoshi Kon (cf. Paprika, qui pourrait en être le prologue) et la théorie interprétative populaire de Freud pour plonger dans les méandres du cerveau humain, sombres et violents. Car même si la carte du « tout est permis dans les rêves » est à l’origine ludique (la présentation à la jeune Ariane et la scène déjà culte du retournement de Paris), la règle du rêve se retournant contre l’intrus entraîne un certain malaise et une férocité réelle. Il est par ailleurs regrettable que Marion Cotillard, actrice la plus faible (pas forcément mauvaise pour une fois) du brillant casting (on a hâte de revoir Gordon-Levitt, peut être en Riddler dans Batman 3 ?), incarne la plupart du temps cette agressivité. Pour la sauver, on peut se dire que la légère faiblesse dramatique du scénario (influencé, cette fois ci, par Solaris de Tarkovsky, film traitant lui aussi de l’immersion dans l’imaginaire) ne la met pas à son avantage ; une lacune peut être décidée par le réalisateur, les pleurs dans les chaumières ne semblant pas sa priorité.

Ce qui intéresse Nolan, c’est le développement et la complexité des possibilités qu’offre sa création, en particulier le système de plusieurs niveaux, qui n’est rien d’autre qu’une utilisation originale du montage, technique qui existe depuis une centaine d’années. Chaque niveau de rêverie des personnages entraine un nouvel univers toujours référencé (Matrix, James Bond ou film de braquage). Cette diversité spectaculaire de différents genres en un même film, parfaitement rythmé dans sa deuxième partie (la première étant marquée par quelques longueurs dues à l’explication lassante du même concept) tout en se déroulant en parallèle, n’est possible que par la maîtrise du scénario et la mise en scène, vertigineuse.

En résumé :

Inception est tel que nous a habitué Christopher Nolan depuis Batman Begins : un blockbuster intelligent, vif, brillamment mis en scène et interprété. Cependant, malgré ces qualités indéniables, le film peine un peu à provoquer une sincère émotion et subit quelques longueurs par ses répétitions lassantes du même concept.

**** – Brillant

Inception. 2010, USA. De Christopher Nolan, avec Leonardo DiCaprio et Marion Cotillard. 2h28.

Critique par Obben.

Coup de foudre à Notting Hill : surréaliste mais sympathique.

24 Sep

Coup de coeur pour Coup de foudre à Notting Hill du réalisateur Américain, Roger Michell.

Un film qui se fait vieux (1998) mais qui n’a rien perdu de sa magie. Le film obéit aux règles classiques de la comédie romantique : quoiqu’il arrive, le spectateur sait déjà qu’ils finiront ensemble.

L’actrice d’Hollywood et le libraire de la porte bleue de Notting Hill.

Après quatre mariages et un enterrement au succès international, R. Curtis scénariste, réalise le fantasme de tous les jeunes hommes: Etre avec la femme de cinéma qu’ils admirent le plus au monde allias leurs « petit bichon » (sic).
Alors que les contes de fée nous ont habitué à voir la femme attendre le prince charmant, le monde moderne qu’est le nôtre a inversé les rôles. Tout le succès du film réside sûrement dans ce détail.

Hugh Grant excelle dans son rôle de libraire, timide et maladroit. Tandis qu’on pourrait presque croire que Julia Roberts joue son propre rôle. Leur duo à l’écran s’inscrit certainement dans les couples mythiques qui ont marqué le cinéma des années 90. Mais ce n’est pas pour autant que R.Curtis omet de donner de l’importance aux personnages secondaires.

De la petite soeur qui n’a pas confiance en elle à la meilleure amie, ex amante en chaise roulante, R.Michell filme la société britannique en famille, entre amis et rien n’est épargné. Ni même les clichés dont il semble s’amuser; il y a des litres de thé sur un tournage qui se déroule en Grande Bretagne, les vedettes changent de compagnons sans cesse et leur unique problème est de ne pas avoir pu manger comme ils le souhaitaient afin de pouvoir garder la ligne.

Une histoire de Cinéma.

Mais R.Curtis semble profiter de ces instants pour rappeler au spectateur que le cinéma est un monde peuplé d’être humain au même titre que celui dans lequel on évolue tous les jours. Anna Scott (Julia Roberts)  pleure lorsqu’elle s’aperçoit que les paparazzi l’ont une fois de plus, roulé dans la farine au détriment de sa vie sentimentale qui se révèle être un échec. R.Curtis  se permet aussi de se moquer gentiment des critiques de films en utilisant le personnage de William Thacket (Hugh Grant) qui pris au dépourvu, se fait passer pour l’un d’entre eux (magazine chasse à ccourre) et se met à poser des questions d’aucune importance aux vedettes. Le mot est passé…

Le scénariste se révèle  maître dans l’art du dialogue et c’est dommage de constater qu’il ne se consacre presque exclusivement qu’aux comédies romantiques, cependant je vous renvoie à l’épisode de Dr Who ‘Vicent and the Doctor’ afin que vous puissiez voir  par vous même l’étendu de son don.

« Surréaliste mais sympathique » , ainsi s’exprime William Thacket lors de sa première rencontre avec Anna Scott. »Surréaliste mais sympathique » c est aussi le ton qui est donné au film et qui enchantera les plus petits et fera rêver les plus grands.

« After all, I’m just a girl, standing in front of  a boy, asking him to love her. »

Coup de foudre à Notting Hill. 1998, UK. De Roger Michell, avec Julia Roberts et Hugh Grant. 2h04.

Critique d’Alice.

Man on Fire : du sang et des larmes.

4 Août

En Amérique Latine, un enlèvement a lieu toutes les heures. Par peur pour leur fille, le couple Stamos, issu d’une famille bourgeoise mexicaine, engage John Creasy, ancien agent de la CIA devenu alcoolique, comme garde du corps.

A l’instar de Denzel Washington, arme humaine à la moue facile et au sourire furtif, rien ne semble arrêter Tony Scott. Car en voulant réaliser un thriller d’action et sentimental, le cinéaste se heurte à toutes les fautes du genre et plonge droit dans le piège du film aux gros bras sans cervelle. Et encore.

Parce qu’il falloir au spectateur en quête d’action une patience exemplaire pour s’accrocher et subir prés d’une heure et demi de torture psychologique à base d’amitié entre l’alcolo à la recherche de rédemption et la gamine tellement attendrissante qu’elle en devient insupportable (Dakota Fanning, petite blonde aux yeux bleus qui semble avoir tout pris de sa mère dans le métissage). Dans méli mélo pathétique, Scott nous ressert la même rengaine hollywoodienne et ses clichés intolérables : dialogues d’une débilité et d’une miévrerie écoeurantes, scènes improbables (entrainer une gamine de huit ans à la natation à la méthode des marines américains, ça ne fait pas réagir les parents), rapprochement aussi subite que prévisible, personnages à la psychologie limitée… On se demande ainsi si Scott a lui même des enfants pour montrer un être doté d’une telle perfection. Mais soit, cette première partie fastidieuse a pour but de nous attacher aux personnages et craindre pour leurs vies. Raté.

Quand les paupières menacent dangereusement de se fermer, la partie testostérone commence enfin, pour le plaisir de ces messieurs (et certaines de ses dames, ne soyons pas misogynes). Consistant uniquement à une série de scènes de torture et de barbarisme douteuses (soit Scott est bien étroit d’esprit et ne connait pas la pitié, la dignité ou le pardon, soit il a voulu refléter un certain soldat américain de base et on peut facilement le taxer d’antiaméricanisme primaire), l’heure qui reste ressemble à n’importe quel film de sa filmographie (ou à n’importe quel film d’action, d’ailleurs). On vous cache en effet le plaisir de voir qu’en 2003, il est encore possible de réaliser des scènes d’explosion au ralenti avec le héros marchant face caméra, le visage fier et droit, lunettes de soleil sur le nez. Ou encore de faire résister ce même héros a une dizaines de balles dans le corps, sans aucun humour ou ironie sous-jacente (contrairement à des films à la Die Hard). Et n’oublions pas la figure de style préférée du cinéaste (qui semble avoir un partenariat avec des compagnies d’Aspirine) que l’on retrouve dans toute sa filmographie, consistant à un montage épileptique de n’importe quelles images sous la main, mise sans dessus dessous, zoomées, accélérées, ralenties et répétées (bizarrement aussi disponible sous les formats « dramatiques » et « flashbacks »).

Le film de Scott nous avait par ailleurs habitué à une subtilité proche du néant par sa description d’une Mexique ultra corrompue (y-a-t’il un flic intègre dans le pays ?) et répugnée au plus haut point (Scott se permet même d’ironiser dans le générique de fin en remerciant Mexico City, « un endroit très spécial »), sans parler de la philosophie « à deux balles » (« Une balle dit toujours la vérité. ») ; mais c’est finalement la finesse de sa morale qui trouble le plus. Man on Fire semble effectivement tenir le même discours que Taxi Driver : une sorte de croisade vindicative mêlée de rédemption et de grand nettoyage, guidée par Dieu (le héros connait la Bible, évite le suicide par un miracle et reste accrochée à son Saint jusque la fin) et par la folie engendrée par les stigmates de la guerre (Afghanistan, ici, vs Vietnam, chez l’autre). Sauf que là où Scorsese montrait l’aliénation de son héros à travers le regard des autres, Scott montre que tous ses proches (relatifs), des gens « normaux » (la mère, les deux seuls Mexicains à peu près honnêtes) l’aident et l’encouragent dans ses choix…

En résumé :

Thriller d’action insipide ou film sentimental d’une mièvrerie dégoulinante, Man on Fire accumule les clichés et fautes de gout jusque dans sa morale douteuse, où Tony Scott ne fait qu’expliquer que la pitié et la dignité n’a pas sa place dans la vengeance.

* – Désastreux

Man on Fire. 2003, USA. De Tony Scott, avec Denzel Washington et Dakota Fanning.

Critique d’Obben.

Zombieland : No man's land.

30 Juil

C’est la fin du monde : depuis quelques temps, les zombies attaquent tout ce qui vit et les quelques rares survivants cherchent un endroit relativement sûr. C’est dans ce contexte que Columbus, jeune geek puceau et peureux à la liste de règles bien claire, et Tallahasse, machine de guerre déchainée à la recherche des derniers Twinkies au monde, vont se rencontrer et s’allier, par dépit, afin de rejoindre la côte Est.

Depuis The Night of the Living Dead du roi des zombies, George A. Romero, en 1968, de nombreux films de genres sont sortis sur le même principe : une poignée de miraculés versus le reste de l’humanité transformée en cadavres ambulant mangeurs de chaire humaine. A partir de ce schéma, libre aux auteurs de broder afin de créer des scénarios plus ou moins bons, plus ou moins inventifs à l’instar de Romero, dont les films étaient toujours au bord de la critique politique.

Zombieland ne fait pas exception à la règle : un scénario plus que basique (un groupe de survivants lancé dans un road trip à la recherche d’un refuge, plus une amourette, plus un désir de vengeance), des personnages stéréotypés (le geek, la machine de guerre, la bombe qui en joue et la gamine précoce), des rencontres inopportunes et épanouissantes, des décors magnifiques et vides (l’avion sur l’autoroute, le parc désert) et surtout du gore, du gore et encore du gore (splash la tête). Seulement, le premier long métrage de Ruben Fleisher crée véritablement la surprise, principalement grâce à quelques morceaux de bravoure dans sa réalisation (cf. le générique, monumental) mais surtout par son humour.

Là où la force humoristique d’un Shaun of the Dead trouvait sa source dans le détournement des codes du genre tout en les respectant, Zombieland lui crée plutôt un nouveau langage associé au film de zombies, en particulier à travers le guide de survie du personnage principal, probablement l’idée la plus originale. En effet, bercé par les films pop corn, les jeux vidéos et les comics (le style d’affichage, lieu d’une certaine recherche scénique, en est l’énorme référence, comme l’avait fait la série Heroes), le héros (à l’image d’une grande partie du public visé) se crée toute une liste de préceptes cyniques à respecter pour se maintenir en vie dans ce monde cauchemardesque : avoir un bon cardio afin de tenir la distance contre les zombies sprinters, être sûr de tirer dans la tête pour éviter une fâcheuse surprise, ne pas jouer au héros, etc. Autant de réflexions que celui qui a vu un film d’horreur dans sa vie s’est faites (« Non, ne vous séparez pas ! ») et qui donneront lieu à de nombreux gags sanglants. Bien sûr, la liste se trouvera étoffée et modifiée au grès des évènements et des rencontres, symbole à la finesse d’un mort vivant de la psychologie des personnages en perpétuelle évolution. Mais soit, ceux ci sont assez délirants et dotés de répliques mémorables pour nous être charismatiques et sympathiques.

Et dans le genre, Woody Harrelson tient la vedette haut la main, son show ne sera interrompu que par le caméo surprise d’un acteur à la popularité monumentale (et dont nous tairons le nom afin d’éviter le spoiler). Cette incursion démente et brillante est probablement le guest starring le plus drôle qu’il nous est été donné de voir dans un film, sa sortie, un moment d’anthologie hilarante. A l’instar de cette visite, le film vise aussi un autre public « geek », celui des cinéphiles : qu’elles soit propre au genre (Romero,Snyder ou Boyle) ou au cinéma plus « classique » (All About Eve, For a Few Dollars More ou encore Delivrance), les références se bousculent souvent avec une certaine finesse et humour, inscrivant le film dans une culture populaire et contemporaine.

En résumé :

Film de zombies au schéma classique, Zombieland fait pourtant preuve d’originalité par son humour cynique et sanglant, servis par des personnages charismatiques, bien que stéréotypés, et ses références fines et recherchées.

*** – Okay

Zombieland. 2009, USA. De Ruben Fleisher, avec Jesse Eisenberg et Woody Harrelson. 1h20.

Critique d’Obben.

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